Le Bénin et la Banque mondiale ont lancé vendredi 17 juillet 2026 à Cotonou un cadre de partenariat inédit par sa durée. Objectif affiché : transformer une décennie de forte croissance en emplois, en s’appuyant sur le secteur privé.
C’est un engagement d’un genre nouveau, un cadre de partenariat de 2,6 milliards de dollars, soit environ 1 446 milliards de francs CFA, pour la période 2027-2036. Adopté à Washington le 16 juin 2026, c’est le premier accord de ce type conclu sur dix ans entre les deux parties.
Le lancement s’est accompagné de la signature de deux financements, pour un total de 320 millions de dollars. Le premier, de 150 millions, porte sur la phase initiale du barrage hydroélectrique de Dogo-Bis. Le second, de 170 millions, finance un programme de nutrition infantile.
Le cadre s’articule autour de trois piliers : une main-d’œuvre mieux formée et en meilleure santé, l’accès aux infrastructures, et une transformation portée par le secteur privé. Un fil conducteur les relie, l’emploi.
Le compte n’y est pas encore. La représentante résidente de la Banque mondiale, Karine Bachongy, rappelle que le pays doit créer 250 000 emplois par an pour absorber l’arrivée des jeunes sur le marché du travail. Or la croissance, pourtant vigoureuse, ne s’est pas convertie en emplois de qualité : 80 % des postes créés en 2025 relevaient encore de l’informel, selon le document de partenariat.
Le Bénin est pourtant passé au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure en 2020. Sa croissance a atteint 6,9 % par an en moyenne entre 2021 et 2025, et 8,1 % pour la seule année 2025. La pauvreté extrême a reculé, de 26,4 % en 2021 à 20,5 % en 2025.
C’est là que se joue le principal changement de méthode. « Sur cette période de dix ans, ce sera plus de 2,6 milliards », a déclaré la directrice des opérations de la Banque mondiale, Anna Bjerde, en visite cette semaine à N’Djamena, Lomé et Cotonou. Elle table sur un effet d’entraînement : une part importante du programme, « environ la moitié », devrait être portée par le secteur privé.
Le montage repose sur une répartition des rôles. L’Association internationale de développement (IDA), guichet concessionnel du groupe, apportera 1,077 milliard de dollars sur la décennie et se concentrera sur les réformes. La Société financière internationale (IFC) et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) doivent, elles, attirer les capitaux privés. « Nous voulons faire du secteur privé le moteur de la transformation économique et de la création d’emplois », résume Nathalie Kouassi Akon, directrice de division de l’IFC pour le Golfe de Guinée, citée dans un communiqué.
Reste à lever les obstacles. Anna Bjerde en a identifié trois : l’accès au financement, l’inadéquation des compétences et l’accès au foncier. Les femmes illustrent ce verrou du crédit. Elles n’obtiennent que 4 % des financements dans le pays. Le cadre vise à permettre à 53 000 entrepreneures d’accéder à des services financiers.
Côté béninois, le ministre de l’Économie et des Finances, chargé de la coopération, Aristide Médénou, a affirmé que les priorités retenues étaient celles du gouvernement. « Les priorités que vous avez présentées sont les nôtres, nous nous y reconnaissons », a-t-il déclaré à la délégation. Il a insisté sur l’agriculture, qui concentre selon lui près de 70 % des personnes pauvres du pays, et jusqu’à 80 ou 90 % dans certaines communes. « Transformer le secteur agricole, c’est transformer notre économie et adresser l’objectif qui est le nôtre : éradiquer l’extrême pauvreté », a-t-il ajouté, citant également le numérique.
Le ministre a présenté les deux accords comme complémentaires dans le temps, l’un portant sur les infrastructures, l’autre sur les suppléments nutritionnels destinés aux femmes enceintes et aux enfants de moins de deux ans. « Nous construisons à la fois le Bénin d’aujourd’hui et le Bénin de demain », a-t-il résumé.
Sur l’énergie, le ministre de l’Énergie, de l’Eau et des Mines, Édouard Dahomé, a inscrit Dogo-Bis dans une stratégie engagée depuis dix ans. « Nous sommes en train de construire un parc de production équilibré, avec un mix équilibré », a-t-il expliqué, citant le solaire et un projet éolien aux côtés de l’hydroélectricité. Il a évoqué une mise en service à l’horizon 2032-2033. « Ce projet pèse énormément et nous tenons absolument à ce que ce soit une réussite. »
Le pays vise 70 % d’accès à l’électricité d’ici 2030, contre environ 43 % fin 2024, dans le cadre de l’initiative Mission 300. Dogo-Bis, d’une capacité prévue de 128 mégawatts, doit y contribuer. Le partenariat prévoit également une réforme foncière et un accès élargi à l’internet haut débit. Le nord du pays, confronté à des incursions de groupes armés venus du Sahel, bénéficiera d’une allocation dédiée à la prévention et à la résilience, a promis la Directrice des opérations de l’institution de Bretton Woods.





Bénin




![Tribune | Un projet commun pour le XXIᵉ siècle : au-delà des programmes, faire de la Francophonie un dialogue entre les langues, les cultures et les savoirs [Par Benoist Mallet Di Bento] Les auditions des candidats ont permis de mesurer la diversité des parcours, des sensibilités et des propositions. Elles ont aussi révélé une question essentielle : au-delà des programmes présentés, quelle vision voulons-nous réellement porter pour la Francophonie du XXIᵉ siècle ?](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/07/Siege-de-lOIF-a-Paris--450x236.jpg)
