Le monde digère vendredi 1er août l’annonce par Donald Trump d’une série de nouvelles surtaxes douanières qui seront imposées à partir du 7 août : des taux accueillis selon les pays avec soulagement, résignation ou détermination de négocier un meilleur compromis
Bangladesh, Canada, Japon …
Saluant « une victoire diplomatique décisive, » le Bangladesh a félicité vendredi ses négociateurs pour avoir conclu « un accord commercial historique » avec les États-Unis, en affirmant qu’il préservait ses intérêts nationaux fondamentaux.
Au lieu des 35% initialement prévus, le pays a obtenu jeudi un taux de 20%, comparable à celui imposé par Washington à ses concurrents dans le secteur de l’habillement (Sri Lanka, Vietnam et Cambodge).
Le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré vendredi qu’Ottawa était « déçu » par la décision de Washington d’augmenter à 35% les droits de douane sur les produits canadiens non couverts par un accord commercial préexistant. Mais la résistance s’organise.
Pour préserver les secteurs du bois, de l’acier, de l’aluminium et de l’automobile, non compris dans l’accord de libre-échange trilatéral conclu avec le Mexique et les Etats-Unis, « le gouvernement canadien agira pour protéger les emplois canadiens, investir dans notre compétitivité industrielle, acheter canadien et diversifier nos marchés d’exportation, » a expliqué M. Carney.
Outre le lancement de grands projets, il a répété sa volonté de libérer le commerce intérieur de son pays en supprimant ou harmonisant les barrières entre provinces et territoires, afin de créer un marché national plus fluide et résilient face aux droits de douanes américains.
Tokyo avait conclu un accord avec Washington pour que les produits japonais soient surtaxés à 15% et que les droits de douane totaux appliqués à l’automobile – un pilier des exportations japonaises – soient ramenés à 15%.
Les Etats-Unis imposent depuis avril des surtaxes de 25% au secteur automobile.
Mais si les surtaxes dites « réciproques » imposées au Japon doivent s’appliquer au 7 août, la date de mise en oeuvre du nouveau taux sur l’automobile reste à préciser.
« Le gouvernement japonais continuera d’appeler les États-Unis à prendre promptement des mesures pour mettre en œuvre le récent accord, notamment en réduisant les droits sur les voitures et pièces automobiles, » a réagi vendredi Yoshimasa Hayashi, porte-parole du gouvernement.
Surtaxe punitive : le «regret» de la Suisse
Par ailleurs, des divergences d’interprétation se font jour sur les 550 milliards de dollars que Tokyo se serait engagé, selon la Maison-Blanche, à investir aux Etats-Unis. Le négociateur nippon a évoqué devant la presse de simples prêts et garanties. Le ministère malaisien du Commerce a salué une « issue favorable. »
« La Malaisie a maintenu sa position ferme » et « le taux de 19% », contre 24% initialement, « a été atteint sans compromettre son droit souverain à appliquer des politiques-clés pour soutenir sa stabilité socio-économique et sa croissance, » a-t-il insisté.
Le gouvernement fédéral suisse a pris acte « avec grand regret » de la surtaxe punitive de 39% infligée au pays alpin, mais souhaite continuer à négocier avec l’administration Trump.
L’association professionnelle suisse des PME du secteur mécanique, électrique et des métaux, très dépendant des exportations, réclame au gouvernement d’agir « avec clarté et confiance en soi » en utilisant « résolument la fenêtre de négociation existante. »
La Thaïlande, le Cambodge euphoriques
Le Taïwan est visé par une surtaxe de 20%, mais il s’agit d’un taux « temporaire (…) avec la possibilité d’une baisse supplémentaire en cas d’accord », a assuré le président taïwanais Lai Ching-te.
Son gouvernement « s’efforcera d’obtenir un niveau raisonnable de droits de douane, » insiste-t-il. Le report de l’application des nouvelles taxes au 7 août offre une fenêtre pour d’ultimes pourparlers.
Les entrepreneurs taïwanais craignent que les droits de 15% imposés par Washington au Japon et à la Corée du Sud ne confèrent aux firmes de ces pays un avantage concurrentiel.
Le Cambodge et la Thaïlande écopent de surtaxes à 19%, dans la foulée d’une trêve entre les deux pays après plusieurs jours de conflit. Phnom Penh avait été initialement menacé de 49% et Bangkok de 36%.
La Thaïlande a salué vendredi comme un « succès majeur » l’annonce de ces surtaxes américaines rabotées. « Il s’agit d’une approche gagnant-gagnant visant à préserver la base exportatrice et la stabilité économique à long terme de la Thaïlande » a assuré le porte-parole du gouvernement, Jirayu Huangsab.
Un cinquième des exportations thaïlandaises sont destinées aux Etats-Unis.
« C’est la meilleure nouvelle pour le peuple et l’économie du Cambodge, afin de poursuivre le développement du pays, » a réagi de son côté le Premier ministre cambodgien Hun Manet.
Le Vietnam voisin avait lui conclu début juillet un accord avec Washington sur un taux ramené à 20%.
Gare au transbordement vers les États Unis
les Etats-Unis entendent surtaxer à 40% les biens acheminés aux Etats-Unis en transitant par des pays tiers (méthode dite de « transbordement ») en vue d’échapper aux taxes visant le pays d’origine. Un point sensible pour les économies d’Asie du Sud-est, étroitement liées à la Chine.
Cependant, faute de détails dans l’immédiat, analystes et entreprises s’interrogent sur la définition d’un bien « transbordé. » Washington a promis « une liste des pays et installations utilisés dans les systèmes de contournement. »
Avec AFP

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