Les récentes crises maritimes l’ont brutalement rappelé : les routes commerciales ne sont pas de simples traits sur une carte. Chaque fermeture temporaire, que ce soit dans le canal de Suez, à Panama ou en mer Rouge, se traduit par des hausses de coûts logistiques, des détournements d’itinéraires, des retards d’approvisionnement et une fragilisation des chaînes de valeur. Selon la CNUCED, ces « infrastructures invisibles de la mondialisation » sont de plus en plus vulnérables aux tensions géopolitiques et climatiques.
Dans ce contexte, la résilience logistique devient un atout stratégique. Les ports capables de maintenir une continuité opérationnelle, même en période de turbulence, sont devenus aussi précieux que les matières premières qu’ils permettent d’acheminer. Non parce qu’ils échappent aux crises, mais parce qu’ils en amortissent les effets.
Le modèle émirati et l’effet réseau
C’est dans cette logique que s’inscrit l’approche émiratie. Les Émirats arabes unis ont bâti une diplomatie logistique structurée autour de plateformes portuaires et industrielles interconnectées, capables de desservir plusieurs bassins maritimes : Méditerranée orientale, golfe d’Aden, Afrique de l’Est, sous-continent indien.
Un exemple parlant de cette résilience appliquée au continent africain : le terminal de Safaga, développé par AD Ports. Situé sur la côte égyptienne de la mer Rouge, ce terminal de 200 millions USD renforce l’axe mer Rouge, Nil, et ajoute un point névralgique au réseau logistique régional, à la croisée des échanges entre le Moyen-Orient, l’Afrique de l’Est et la Méditerranée.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large. À travers ses investissements à Luanda, Pointe-Noire, Douala ou Dar es Salaam, AD Ports structure de nouveaux corridors commerciaux africains, avec pour objectif d’ancrer durablement des flux logistiques Sud-Sud. Le financement de 115 millions USD obtenu pour Safaga, en partenariat avec l’IFC et NBK Égypte, illustre la capacité des Émirats à mobiliser rapidement des capitaux pour financer des infrastructures stratégiques sur le continent.
Ce n’est pas seulement une logique d’expansion portuaire. C’est une approche fondée sur la connectivité logistique, pensée pour renforcer la continuité des flux et le maillage régional. Pour les pays africains, cette architecture peut offrir un appui logistique face à la vulnérabilité croissante des grandes routes maritimes mondiales.
Des infrastructures résilientes à la transformation économique : quelles conditions de succès ?
Mais la valeur ajoutée d’un port moderne ne se mesure pas à la seule fluidité des conteneurs. Elle dépend aussi de sa capacité à irriguer l’économie locale : en connectant les terminaux aux zones industrielles, aux corridors ferroviaires, aux bassins agricoles, aux PME, à la formation et à l’emploi.
Dans cette perspective, la stabilité du réseau émirati semble s’affirmer comme un atout précieux pour certaines chaînes de valeur africaines, notamment dans les phases de crise ou de réajustement des flux mondiaux. Mais jusqu’où les ports africains bénéficieront-ils de cette résilience sans créer de nouvelles dépendances logistiques ou financières ?
La question reste ouverte. Car pour devenir un véritable moteur de transformation, cette connectivité doit s’articuler avec des stratégies nationales d’industrialisation, de compétitivité et d’intégration régionale. Ce n’est qu’à ces conditions que les infrastructures portuaires se convertiront en instruments de souveraineté économique

![Eclairage |Résilience portuaire et logistique : de nouveaux leviers stratégiques en temps de crise dans le Golfe persique [Par Moda Assié] Dans ce contexte, la résilience logistique devient un atout stratégique. Les ports capables de maintenir une continuité opérationnelle, même en période de turbulence, sont devenus aussi précieux que les matières premières qu’ils permettent d’acheminer. Non parce qu’ils échappent aux crises, mais parce qu’ils en amortissent les effets.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/06/SAFAGA-300x200.jpg)


![Eclairage |Résilience portuaire et logistique : de nouveaux leviers stratégiques en temps de crise dans le Golfe persique [Par Moda Assié] Dans ce contexte, la résilience logistique devient un atout stratégique. Les ports capables de maintenir une continuité opérationnelle, même en période de turbulence, sont devenus aussi précieux que les matières premières qu’ils permettent d’acheminer. Non parce qu’ils échappent aux crises, mais parce qu’ils en amortissent les effets.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/06/SAFAGA.jpg)
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