Le Parlement égyptien s’apprête à examiner un projet de loi qui élargira encore plus les pouvoirs de l’«Autorité pour l’avenir de l’Egypte » (Future of Egypt), une agence dotée d’un vaste mandat économique, et la placerait sous la supervision présidentielle de l’armée, rapporte l’agence Reuters.
Le projet de loi confirme la montée en puissance de l’agence sous la présidence d’Abdel Fattah al-Sissi depuis 2017, date à laquelle Future of Egypt a débuté comme un petit projet de mise en valeur des terres. Transformée en autorité économique cinq ans plus tard par décret présidentiel, elle a ensuite pris en charge la gestion des importations de blé du pays.
Le projet de loi décrit l’agence comme ayant un statut juridique indépendant et une pleine autonomie financière, technique et administrative, avec pour mandat de « maximiser la puissance économique de l’Egypte » et de soutenir l’alimentation, l’énergie, l’eau et la sécurité nationale. Ce texte serait présenté dans le cadre d’une initiative plus large, en partie motivée par les pressions du Fonds monétaire international (FMI), visant à réformer la manière dont l’Egypte gère les actifs de l’Etat à la suite de périodes de fortes tensions économiques.
Des pouvoirs quasi-illimités
Le projet de loi autorise le Président de la République, après consultation du cabinet, à transférer à l’Autorité les fonds et les actifs de l’Etat détenus à titre privé, les actions des entreprises publiques et les droits de gestion des biens publics et privés de l’Etat, sans exiger l’approbation du Parlement.
L’élément central du projet de loi est la création de « zones de développement durable » établies par décret présidentiel, au sein desquelles la propriété des terres et des installations de l’Etat est automatiquement transférée à l’Autorité, ainsi que le pouvoir d’octroi de licences et de réglementation. Elle pourrait concevoir ses propres systèmes de gouvernance, d’investissement, d’enregistrement et de fixation des redevances au sein de ces zones, qui bénéficieraient d’un traitement fiscal et douanier similaire à celui des zones franches.
Par ailleurs, le texte crée un fonds souverain baptisé « Fonds souverain pour l’avenir de l’Egypte » ou « Pyramides du Nil », qui aura pour mission d’investir des actifs désignés par l’Etat au niveau national et international, de nouer des partenariats avec des fonds souverains étrangers et de préserver le patrimoine pour les générations futures.
Un fonds de service parallèle, « Daem » canaliserait les bénéfices des investissements vers des projets d’éducation, de santé, de logement et d’infrastructure axés sur la justice sociale et l’égalité des chances. Les directeurs exécutifs des deux fonds auraient un rang équivalent à celui de vice-ministre, et le président de l’Autorité un rang équivalent à celui de ministre, plaçant ainsi cet organisme au sommet de la hiérarchie exécutive égyptienne, aux côtés du gouvernement.
Exonérations fiscales
Depuis 2024, Future of Egypt gère l’une des plus importantes opérations d’importation de blé au monde. L’entreprise a également pris le contrôle des principaux lacs et zones de pêche du pays, acquis la participation majoritaire à la Bourse des matières premières et diversifié ses activités dans le logement et la construction de luxe , les énergies renouvelables et le lait infantile.
En mai 2025, Future of Egypt avait reçu pour mandat de récupérer près de la moitié des terres cultivées actuelles de l’Égypte, y compris des zones du désert occidental et du Sinaï, ainsi que des terres proches du Soudan et de la Libye.
Selon le projet de loi, l’Autorité et ses fonds ne seraient pas soumis aux lois régissant les organismes publics, la fonction publique, les marchés publics ou les salaires maximums du secteur public, et certaines transactions seraient exemptées de la taxe sur la valeur ajoutée, des droits de timbre et des frais d’enregistrement.
Le projet de loi restreint en outre les contestations judiciaires des contrats et des cessions d’actifs de l’autorité aux parties directement concernées, interdisant les poursuites par des tiers sauf lorsqu’une condamnation pénale définitive établit une infraction impliquant des fonds publics.





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