Des relations compliquées entre la France et certains pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, du retrait des troupes françaises en Afrique, de la diplomatie à fleurets mouchetés…Gilles Djéyaramane, un auteur français, spécialiste de la Francophonie, actuellement élu à Poissy (Yvelines), apporte des réponses. Entretien
AFRIMAG : Que pensez-vous de l’annonce du Président ivoirien de la prochaine rétrocession de la base militaire du 43e BIMA de Port-Bouët à l’armée ivoirienne et du retrait des forces françaises ?
Gilles Djéyaramane : Ce «départ» annoncé est une bonne chose au niveau symbolique. Il est important pour les opinions publiques africaines d’avoir un sentiment de pleine souveraineté et d’indépendance. Le Chef de l’Etat ivoirien a précisé que «cette décision s’inscrit dans le cadre du retrait concerté et organisé des forces françaises en Côte d’Ivoire.» Et ces décisions, comme le disent les gouvernants de ces pays, ne sont pas des ruptures…Elles s’inscrivent dans une continuité logique et devraient permettre d’appréhender les relations entre la France et l’Afrique francophone au travers d’un nouveau paradigme plus sain et plus équilibré à mon avis. Souvenons-nous que les Français, il n’y a pas si longtemps que cela, appelaient au départ des soldats américains stationnés en France dans le cadre de l’OTAN. Et, pourtant ces derniers restent leurs alliés quasi-indéfectibles. Il s’agit simplement de se mettre à la place de l’autre pour le comprendre.
Il est intéressant de constater que l’annonce d’Abidjan fait suite à une succession de demandes de retraits. En premier lieu le Mali, le Burkina Faso et le Niger puis en second lieu le Sénégal et le Tchad. On a pu constater que le nouveau pouvoir à Dakar dominé par le Pastef à l’idéologie en partie «africaniste» avait su préserver, jusqu’à ces derniers jours, des relations courtoises avec Paris. Dakar démontre ainsi que l’ «on peut voir triompher ses idées tout en respectant la démocratie.» N’en déplaise à certains régimes militaires de l’Afrique de l’Ouest.
Mais attention, nous sommes dans une «zone grise» où il faut peut-être faire preuve de davantage de diplomatie et de souplesse. Il faut par exemple éviter les déclarations faites sous «le coup de la colère», vexantes ou humiliantes.
AFRIMAG : Quels conseils donneriez- vous à vos collègues français ?
Gilles Djéyaramane : Les responsables politiques français devraient avoir conscience que nous sommes dans une période de transition. Le choix des mots dans les différentes communications est plus qu’important. Les discours maladroits n’ont plus leur place aujourd’hui d’autant plus que leur amplification par les réseaux sociaux décuple leur potentiel destructeur. Je les appelle donc à davantage de retenue tout comme mes amis africains d’ailleurs. Est-il vraiment pertinent de constamment remettre de «l’huile sur le feu ?» Et d’autant plus dans un contexte géopolitique mondial extrêmement tendu marqué par des conflits ouverts en Ukraine, au Proche-Orient ou en Afrique, des visées hégémoniques de certaines puissances intermédiaires, le terrorisme omniprésent sur la planète ou encore le retour prochain de Donald Trump à la Maison Blanche.
Par ailleurs, la France devra adapter son outil militaire à cette nouvelle situation et refondre sa diplomatie en se donnant les moyens de créer ou de renforcer de nouveaux axes de coopération avec ces pays. Et, ils sont potentiellement nombreux. Les Français, par exemple, ne saisissent pas la puissance de la Francophonie comme outil d’influence et de puissance douce («soft power»). L’exemple de la Corée du Sud «maître dans l’art du soft power» illustre la thèse selon laquelle la Francophonie reste un levier d’influence et de promotion des échanges culturels avec le continent Africain. Inspirons-nous des autres. Donnons-nous les moyens d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques publiques de promotion de la Francophonie sur notre propre territoire. Une telle approche permettrait par exemple de se souvenir que le Peuple francophone a pour une grande partie, participé à la libération de la France. Bref, que nous avons des valeurs et une histoire partagée. Sur des bases solides, nous pourrons rebâtir ou renforcer des liens qui se délitent.
AFRIMAG : Pour vous, quels seront les temps forts de la Francophonie en 2025 ?
Gilles Djéyaramane : L’Organisation Internationale de la Francophonie a vécu de beaux moments institutionnels en 2024 avec le Sommet de la Francophonie qui a eu lieu à Paris et à Villers-Cotterêts. L’Organisation est passée de 88 à 93 Etats et Gouvernements membres. Son prochain Sommet est prévu au Cambodge en 2026 et l’année 2025 constituera une année de préparation pour relever ce défi.
Parallèlement, l’année 2025 pourrait être celle de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, «petite sœur de l’OIF.» C’est un lieu de débats, de propositions et d’échanges d’informations. Par ses avis et recommandations à la Conférence ministérielle de la Francophonie et au Conseil permanent de la Francophonie, elle participe à la vie institutionnelle de la Francophonie. En étroite collaboration avec l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), elle engage et met en œuvre des actions dans les domaines de la coopération interparlementaire et du développement de la démocratie.
En juillet 2024, le minuscule Territoire de Pondichéry a rejoint l’APF lors de la 49e session de l’Assemblée à Montréal avec une approche basée sur la promotion de la langue, l’héritage patrimonial, la culture et le tourisme. Le Territoire prévoit d’accueillir en 2025 des commissions notamment dans le champ de la culture et de l’éducation. On voit bien que certaines nations d’Asie francophones ou francophiles ont bien évalué les apports potentiels d’un rapprochement avec l’espace francophone.
Autre moment fort, Paris accueillera du 9 au 13 juillet 2025, la 50e session annuelle de l’APF. Amélia Lakrafi, députée française avait annoncé dès le 8 février dernier que le Président Gérard Larcher et la Présidente Yaël Braun-Pivet avaient donné leur accord pour que la section française accueille au Sénat et à l’Assemblée nationale les travaux de l’institution. Ce moment institutionnel peut constituer une nouvelle occasion pour les élites politiques française comme la société civile de réfléchir à son investissement dans le domaine : quels enjeux, quel potentiel, quelles ambitions…
Cet événement doit permettre aux Parlementaires français aux côtés de leurs homologues africains notamment de «réparer ensemble le tissu quelque peu déchiré» de la Francophonie. Ils doivent s’en emparer, être volontaires et ambitieux.
«La Francophonie sera subversive et imaginative ou ne sera pas !» insistait Boutros Boutros-Ghali, ancien Secrétaire général de la Francophonie. A bon entendeur …
Entretien réalisé par Miché Dare





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