World Connect 2025
Acteur clé du développement aérien sur le continent, IbraWane dresse un bilan encourageant de la montée en puissance des compagnies africaines grâce à l’appui d’APG. Entre ouverture de nouveaux marchés, intégration technologique et essor du fret, il plaide pour une coopération régionale plus forte et une formation accrue des talents locaux. Objectif : transformer les transporteurs africains en acteurs incontournables de la connectivité mondiale.
“Avec les bons partenaires et une stratégie claire, les compagnies africaines peuvent briser les barrières”
AFRIMAG : En 2023, vous souligniez dans une interview avec AFRIMAG le rôle clé d’APG pour aider les compagnies africaines à accéder à des marchés internationaux souvent fermés. Deux ans plus tard, quel bilan tirez-vous ? Quelles avancées majeures avez-vous constatées et quels défis restent à relever pour les transporteurs africains ?
Ibra Wane : Depuis 2023, nous avons observé des avancées significatives. Grâce à l’appui d’APG, plusieurs compagnies africaines ont pu élargir leur réseau de distribution, accéder à des marchés internationaux via les GDS, et bénéficier de notre expertise dans les systèmes de règlement comme le BSP. L’intégration de nouvelles compagnies au BSP, et à nos deux autres produits phares a immédiatement ouvert des marchés stratégiques à leurs ventes : notre produit interline avec notre propre compagnie aérienne IATA APG AIRLINES et notre plateforme de distribution innovante B to B construite sous la norme IATA NDC qui regroupe plus de 45 compagnies en connexion directe à ce jour. Il faut aussi noter le développement important de notre activité Fret, l’une de nos dernières nouveautés, qui a contribué à améliorer considérablement la croissance du revenu sur certaines plateformes aéroportuaires. Ces avancées montrent qu’avec les bons partenaires et une stratégie claire, les compagnies africaines peuvent briser les barrières qui limitaient leur croissance. Cependant, les défis restent nombreux : la connectivité intra-africaine est encore insuffisante, le coût des opérations reste très élevé, et les transporteurs doivent composer avec des environnements macroéconomiques instables. Notre engagement à APG est de continuer à créer ces passerelles et d’accompagner les compagnies dans leur montée en puissance internationale.
AFRIMAG : La rentabilité reste un enjeu majeur pour la plupart des compagnies africaines. Quelles solutions concrètes recommandez-vous aujourd’hui pour qu’elles puissent rivaliser avec les grands transporteurs internationaux ?
Ibra Wane : La rentabilité se construit sur trois piliers : optimiser les coûts, accroître les revenus et développer la coopération intelligente. Cela implique de rationaliser les opérations (flottes adaptées, routes optimisées, digitalisation), tout en maximisant les revenus via tous les canaux de distribution et en nouant des partenariats interlignes. A titre personnel, en tant qu’acteur de notre industrie, je plaide aussi pour une coopération régionale accrue afin de réduire les coûts structurels qui pèsent sur nos transporteurs. Nous devons créer des économies d’échelle et un véritable marché aérien africain intégré.
AFRIMAG : Plusieurs pays continuent de multiplier les « Hubs » nationaux, parfois au détriment de la rentabilité et de la coopération régionale. Selon vous, comment concilier ambitions nationales et efficacité économique sur le continent ?
Ibra Wane : Les hubs sont souvent indispensables dans un contexte de marchés matures avec des opérateurs disposant d’une taille critique et d’un portefeuille de droits favorisant une croissance continue de leurs réseaux. Mais la prolifération de ces hubs sur les petits marchés régionaux à faible densité de trafic ne ferait que diluer les ressources. Nous devons concilier ambitions nationales et complémentarité régionale. Plutôt que de multiplier les hubs concurrents, comme par effet de mode, il serait plus efficace de spécialiser quelques plateformes et miser beaucoup plus sur la coopération tant pour le passage que pour le fret. J’encourage vivement les États et les compagnies à mettre en place des accords de partage de codes et des joint-ventures régionales. Mon expérience me montre que cette logique de coopération renforce la connectivité et la rentabilité de tous les acteurs, sans sacrifier la souveraineté des pays, si telle est la préoccupation des Etats.
AFRIMAG : Vous parliez déjà de l’importance de la coopération entre compagnies africaines et de la formation des personnels. Quelles actions APG a-t-elle mises en œuvre depuis deux ans pour renforcer ces axes et soutenir le développement du secteur aérien africain ?
Ibra Wane : Depuis deux ans, nous avons renforcé deux axes majeurs. Sur la coopération commerciale, je vous l’ai dit plus haut, nous avons facilité la signature d’accords interlignes et l’accès au GDS pour plusieurs compagnies, leur donnant une visibilité mondiale. Sur la formation, APG Academy a conclu un partenariat avec l’AFRAA dans le but de proposer nos programmes de formation aux employés des compagnies membres de l’Association Africaine ; nous disposons en effet de programmes spécifiques sur la distribution, le revenu management, le cargo, le BSP etc…. Ces initiatives visent à doter les équipes locales des compétences nécessaires pour améliorer la rentabilité et la qualité de service, tout en créant un réseau africain plus interconnecté et mieux préparé aux standards internationaux.
Pour ma part, j’ai toujours plaidé pour la formation au sein des Compagnies en Afrique ; je crois, en effet, que c’est en renforçant les compétences locales que nous assurerons la pérennité et la compétitivité des transporteurs africains.
AFRIMAG : Enfin, comment voyez-vous le transport aérien africain évoluer dans les cinq prochaines années ? Quel rôle APG compte-t-elle jouer pour accompagner les compagnies africaines vers une présence plus forte et durable sur la scène internationale ?
Ibra Wane : Dans cinq ans, je vois (j’espère) un secteur plus mature, plus digitalisé et plus connecté. Les compagnies qui auront su optimiser leur réseau et coopérer seront celles qui tireront leur épingle du jeu. APG sera au cœur de cette transformation : notre mission est d’ouvrir les marchés, simplifier la distribution et connecter les compagnies africaines aux flux internationaux.
Personnellement, je veux que notre action permette aux transporteurs africains de cesser d’être de simples faibles transporteurs locaux et de devenir plutôt des acteurs incontournables de la connectivité mondiale. En effet, l’enjeu est crucial : un transport aérien africain plus sûr et plus fort, c’est un levier direct et essentiel pour le commerce, le tourisme et la croissance économique du continent.











