Il est toujours intéressant d’assister à des conférences internationales surtout si, comme au récent World Connect, elles réunissent des participants venus de 92 pays, c’est-à-dire du monde entier. Cela évite de toujours tourner autour des mêmes sujets.

Le premier constat est que le continent européen se distingue des autres par son attraction vers les sujets environnementaux. Depuis quelques années ce sujet imprègne fortement la communication du transport aérien. Il est sous-jacent dans tous les communiqués et aucune intervention sérieuse ne peut éviter de l’évoquer. Ce n’est pas le cas des autres continents qui s’affranchissent volontiers de cette contrainte. L’explication tient sans doute à la géographie. L’Europe est un petit continent, largement équipé en transports terrestres performants. La voie ferrée est devenue un vrai concurrent à l’avion et reconnaissons que ce mode a été largement soutenu par les gouvernements à l’encontre de l’aérien. On voit même certains pays ponctionner les transporteurs par des taxes qui seront destinées à améliorer l’économie de son principal concurrent terrestre, le tout au nom de l’écologie qui est devenue la référence majeure et l’argument suprême pour le choix du mode de transport.
Face aux voisins mal intentionnés, l’écologie passe au second plan
Cet aspect de la communication est peu utilisé en dehors de l’Europe. On est frappé de voir à quel point le transport aérien est devenu une vraie nécessité ailleurs alors qu’il est dénigré dans ce continent. Sa principale utilité est la liberté comme la Présidente de la Géorgie a pu l’exprimer. Sans transport aérien les pays sont enclavés et à la merci de voisins plus ou moins bien intentionnés. Alors l’écologie passe vraiment au deuxième plan face à cette absolue nécessité. Dans tous les autres pays en dehors de l’Europe le transport aérien est un facteur de sécurité et de prospérité économique, même s’il n’est encore utilisé que par une petite partie de leur population.
Certes l’aspect environnemental ne peut pas être mis de côté dans la communication, encore faut-il voir à qui on s’adresse. Les gouvernants peuvent à tout moment être entrainés dans la démagogie qui consiste à se servir du transport aérien pour préserver la planète, ce qui est bien pratique pour éviter de s’affronter à des secteurs beaucoup plus polluants. Le gaspillage alimentaire représente dit-on 6% de la pollution, et l’habillement 7%, mais s’affronter à des pratiques largement répandues dans les populations, ce n’est pas très électoral. Alors, au lieu d’avoir une communication défensive, le transport aérien serait bien avisé d’insister sur ses progrès techniques et ses pratiques qui visent en permanence à être moins émetteurs de CO², ne serait-ce que parce que moins l’aérien pollue et plus il est rentable. Notons qu’en dépit d’une croissance globale de l’ordre de 5% depuis un demi-siècle, alors que la croissance mondiale est presque de moitié inférieure, il réussit à se maintenir en dessous de 3% du total de l’émissions de CO².
Aérien : unir les forces
Pour tout dire, il serait judicieux que l’ensemble aérien composé des constructeurs, des aéroports et des transporteurs, parle d’une même voix en appuyant sur les progrès considérables réalisés et ceux sur lesquels il travaille avec succès. Je pense à la régulation du trafic et à une bien meilleure utilisation de l’espace aérien, ce qui sera effectif dans les toutes prochaines années. Par contre, il vaudrait mieux ne pas mentir en annonçant une neutralité carbone pour 2050 alors que tous les professionnels savent que c’est impossible, ce qui n’est d’ailleurs pas une raison pour ne pas y travailler.
Et puis il faudra bien un jour arrêter de communiquer sur des tarifs qui ne permettent pas de couvrir les coûts. Même s’ils sont très peu utilisés en pratique et s’ils sont construits pour que les clients soient amenés à acheter des services complémentaires, ils font un vrai dégât dans la communication du transport aérien en donnant le sentiment qu’il n’a pas ou peu de valeur puisqu’on peut acheter un Londres-Séville pour 29 euros par exemple. Cette course à qui annoncera le prix le plus bas est stupide et ce n’est pas en remplissant les avions au-delà du raisonnable que l’on assurera la pérennité du transport aérien. Celui-ci devra réaliser un saut technologique colossal pour affronter le siècle prochain. Il coûtera des sommes fantastiques qui se chiffreront en centaines voire en milliers de milliards de dollars. Et qui va payer pour ces investissements ? Tout simplement les clients pour lesquels les tarifs vont certainement augmenter.
Alors autant s’adresser au grand public, lui expliquer les enjeux et commencer sérieusement à le sensibiliser aux contraintes financières qu’il faudra bien affronter en échange d’un produit aérien sans cesse amélioré.




![Édito | La communication dans le transport aérien, encore des progrès à faire [Par Jean-Louis Baroux] Le premier constat est que le continent européen se distingue des autres par son attraction vers les sujets environnementaux. Depuis quelques années ce sujet imprègne fortement la communication du transport aérien. Il est sous-jacent dans tous les communiqués et aucune intervention sérieuse ne peut éviter de l’évoquer. Ce n’est pas le cas des autres continents qui s’affranchissent volontiers de cette contrainte. L’explication tient sans doute à la géographie.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2025/11/CLARK-Sir-Timothy-President-EMIRATES--1847x1080.jpg)
Espagne


![Édito | Ça bouge dans le transport aérien [Par Jean-Louis Baroux] Le meilleur exemple est encore fourni par Emirates. Elle vient de publier ses résultats pour l’exercice 2025 / 2026 qui s’est terminé au 31 mars de cette année. Les résultats sont impressionnants. Bien que le nombre de passagers soit en diminution de 1% avec 53,2 millions de passagers tout de même, le chiffre d’affaires progresse de 2% à 35,7 milliards de dollars et surtout le profit net atteint un niveau jamais égalé de 5,4 milliards de dollars.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/05/Djara-450x221.jpg)


