L’abaissement en milieu de semaine dernière par l’agence Fitch Ratings de la note de crédit d’Afreximbank de BBB à BBB-, a mis le feu aux poudres. Depuis Addis-Abeba, les snipers du «Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP)» créé par l’Union africaine (UA), ont aussitôt sorti les canons pour pilonner cette décision au motif «qu’elle était basée sur une catégorisation défectueuse des prêts.» Ces fonctionnaires ont même exigé que l’agence Fitch reconsidère sa décision. Rien que ça !
En fait, l’ajustement du rating d’Afreximbank à BBB-, est une révision des perspectives de la banque de financement du commerce extérieur de l’Union africaine auquel l’agence Fitch reproche sa politique de gestion des risques et de provisionnement de créances douteuses. Les perspectives négatives adossées à la note d’Afreximbank signifient que si d’ici un an, la situation de l’institution n’évolue pas, elle pourrait perdre son triple B (l’investment grade). Les analystes de Fitch ont estimé que le taux de créances douteuses d’Afreximbank dépassait le seuil de «risque élevé» de 6 % défini dans la grille d’évaluation de l’agence de notation. Pour se défendre, Afreximbank a indiqué que dans ses comptes du premier trimestre 2025, le taux de créances douteuses s’élevait à 2,44 %.
Fitch Ratings défend sa méthodologie
Dans un communiqué publié vendredi dernier, les fonctionnaires de l’UA disent «s’inquiéter de la classification par Fitch Ratings des expositions souveraines d’Afreximbank aux gouvernements du Ghana, du Soudan du Sud et de la Zambie en créances douteuses.» Droit dans ses bottes, Fitch Ratings a défendu sa décision de dégrader la note d’Afreximbank, affirmant qu’elle était fondée sur une analyse indépendante et opportune. «Toutes les décisions de notation de Fitch sont prises uniquement en conformité avec un critère de notation globalement cohérent et accessible au public, avec des facteurs de notation et des sensibilités clairement identifiés,» a riposté l’agence de notation financière dans une déclaration à l’agence Reuters.
La controverse sur la notation, qui détermine le coût du crédit, survient alors qu’Afreximbank cherche à protéger ses prêts contre la restructuration en cours au Ghana, en Zambie et au Malawi, affirmant qu’en tant que prêteur multilatéral, elle a le statut de créancier privilégié. « L’hypothèse selon laquelle le Ghana, le Soudan du Sud et la Zambie ne pourraient pas honorer leurs prêts à l’Afreximbank est incompatible avec le traité de 1993 portant création de la Banque, dont le Ghana et la Zambie sont tous deux membres fondateurs, actionnaires et signataires,» martèlent les fonctionnaires du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs.
Les âneries des «experts» de l’Union africaine
Afreximbank n’a pas commenté la dégradation de sa note par Fitch, mais a précédemment déclaré qu’elle n’était pas en pourparlers de restructuration de la dette avec aucun de ses Etats membres.
Selon l’UA, les prêts d’Afreximbank aux Etats membres étant régis par un cadre de coopération intergouvernementale et d’engagement mutuel, plutôt que par des principes de risque commercial typiques, cela les assimile donc à des créances sûres. En conséquence, poursuivent les snipers de l’Union africaine, «le traitement par Fitch de ces expositions souveraines, assimilées à des prêts commerciaux basés sur le marché malgré leur soutien par des obligations conventionnelles et des participations des actionnaires, est erroné.» En gros, ces «experts» se lancent dans une diversion en prétendant que les Etats africains ne peuvent pas être insolvables. Il faut peut-être leur rappeler les crises de la dette des années quatre-vingt sur le continent.











