La crise économique, principalement due à la guerre russo-ukrainienne menace le monde à divers degrés. En Afrique, c’est le secteur agricole, qui représente en moyenne 23% du PIB et mobilise 55% de la population active, qui est le plus menacé du fait de la pénurie des engrais sur les marchés internationaux.
Ces données font-elles courir l’Afrique vers un risque de crise alimentaire ? Comment y faire face ? Ces questions ont été au menu des échanges lors du Forum Afrique 2022 organisé par le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) tenu ce 23 juin à Paris.
Vers une massification de l’agriculture vivrière
Dans son rapport annuel 2021, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) indique que plus de 257 millions de personnes (dont 20 millions au Maghreb) seraient en situation d’urgence ou de précarité alimentaire en Afrique. Dans un pays comme le Gabon, à titre illustratif, précise Yves Fernand Manfoumbi, ministre gabonais du Commerce et des PME: «9% de la population est sous-alimentée et 18% des enfants souffrent d’un retard de croissance dû à la malnutrition». Le pays importe encore 80% de ses besoins alimentaires. Paradoxalement, 600 millions d’ha de terres arables restent non cultivées sur le continent. En Côte d’Ivoire, un pays de tradition agricole, ce sont 14 millions d’ha de terres arables qui sont inexploitées, soit 40% des terres cultivables du pays.
Cette situation alarmante nous rappelle l’urgence de créer un écosystème propice à une sécurité alimentaire durable. Comme solutions, le ministre gabonais propose une agriculture davantage orientée vers les denrées alimentaires de base des pays africains telles que le manioc, l’igname ou encore la patate. Cependant, il est aussi important d’intéresser les jeunes à l’agriculture. Cela passe par la mécanisation de ce secteur. «Mécaniser l’agriculture à un double avantage. En effet, cela permet d’accroître les rendements mais aussi de réduire la pénibilité du secteur. Mécaniser l’agriculture permettrait donc d’intéresser davantage les jeunes vers ce secteur qui n’est pas toujours prisée», insiste Carole Versteeg, Directrice générale adjointe du Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI). Reste la question des intrants agricoles de plus en plus inaccessibles aux pays africains.
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Développer des engrais adaptés aux besoins du continent
Les intrants agricoles n’échappent pas à la donne de la conjoncture économique mondiale dominée par l’inflation. En effet, leurs prix ont plus que doublé au cours des deux dernières années. Pour exemple, la tonne d’urée se négociait à 1000 dollars US sur les marchés internationaux en début d’année 2022. Mais depuis le prix de l’engrais a connu une progression importante, inaccessible pour beaucoup de pays africains.
Une progression géométrique du prix
Le cas du Niger montre bien une progression géométrique du prix de la tonne passant de 475 dollars US en 2020 à 754 dollars en 2021 pour tourner aujourd’hui autour de 1000 dollars US…
Cette situation pourrait avoir de lourdes conséquences sur les rendements agricoles croissants du continent. En effet, sans engrais, la production serait réduite de 50% selon des projections économiques récentes.
Il urge donc de développer les unités et les capacités de production d’engrais déjà disponibles sur le continent : «L’Afrique est capable de développer ses intrants sur place. Cela a un double avantage de réduire d’un côté les coûts de production, de l’autre, de développer des engrais adaptés aux sols et aux cultures du continent», explique, Mohamed Anouar Jamali, Directeur général de OCP Africa.
Il a également insisté sur l’importance de customiser les engrais car, ceux-ci participent entre autres à améliorer la santé des sols notamment par une meilleure fixation des micronutriments et des macronutriments. Pour étayer son propos, Mohamed Anouar Jamali n’a pas manqué de rappeler des cas de réussites, dont l’Éthiopie, où le groupe OCP a contribué à développer des formules d’intrants mieux adaptés aux sols et beaucoup moins chers que ceux qui étaient autrefois importés. C’est également le cas des succès enregistrés au Nigeria avec le concours du Groupe OCP. Cela dit, si cette étape est nécessaire pour l’agriculture africaine, il est tout aussi important de développer des plateformes logistiques pour faciliter l’accès de ces intrants aux producteurs, note le directeur général de OCP Africa.
À ce jour, le groupe OCP développe une cinquantaine de formules d’intrants à travers le continent. Ces intrants à base de phosphates sont réputés écologiques et favorables à une agriculture durable.
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