Face à une situation économique alarmante, le gouvernement sénégalais engage une nouvelle ère de réformes structurelles, centrées sur la mobilisation des ressources nationales, la réduction de la dette et la reconquête de la souveraineté économique

Dans un climat économique tendu et une conjoncture financière délicate, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a présenté, vendredi 1er août 2025, un « plan de redressement économique et social » particulièrement attendu, censé inaugurer un nouveau cycle de gouvernance économique fondé sur l’autonomie financière, la transparence budgétaire et la justice sociale.
Dévoilé lors d’une cérémonie solennelle au Grand Théâtre de Dakar, en présence du président de la République Bassirou Diomaye Faye, ce plan, que ses concepteurs veulent résolument tourné vers la « souveraineté, » a pour objectif de sortir le Sénégal d’une crise multiple : déficit budgétaire abyssal, surendettement, suspension des décaissements internationaux, et crise sociale persistante.
« Toute la trame de ce plan répond à cette option forte de souverainiser notre pays », a déclaré Ousmane Sonko dans un discours offensif, réaffirmant la volonté du nouveau pouvoir de rompre avec les pratiques économiques antérieures et de redonner au Sénégal les leviers de son destin.
Une situation économique critique héritée de l’ancien régime
Le plan de redressement a été conçu dans un contexte particulièrement préoccupant. Selon les chiffres rendus publics par le gouvernement, le déficit budgétaire atteint 14 %, un niveau jugé insoutenable par de nombreux économistes. La dette publique, quant à elle, représente 119 % du produit intérieur brut (PIB), bien au-delà des seuils de viabilité recommandés par les institutions financières internationales.
À ces déséquilibres macroéconomiques s’ajoutent des indicateurs sociaux alarmants : 20 % de taux de chômage, une pauvreté touchant 35,7 % de la population, et une forte dépendance du pays vis-à-vis des financements extérieurs, en particulier ceux du Fonds monétaire international (FMI) et du marché financier régional.
Le gouvernement en place depuis avril 2024 impute cette situation à la gestion du régime précédent, celui de l’ancien président Macky Sall (2012-2024), accusé non seulement d’avoir creusé les déséquilibres budgétaires, mais aussi d’avoir dissimulé des données économiques clés, notamment en ce qui concerne l’endettement réel de l’État.
Un financement à 90 % par des ressources nationales
Le cœur du plan repose sur un principe fondamental : l’indépendance financière par la mobilisation des ressources internes. Ousmane Sonko a ainsi annoncé que 90 % du financement de ce plan serait assuré sans recours à l’endettement extérieur, mais à travers la mise en valeur des ressources endogènes et une meilleure gestion des richesses nationales.
Trois piliers structurent cette approche :
Réduction maîtrisée de la dette publique, sans rupture des engagements internationaux ;
Mobilisation renforcée des ressources domestiques, grâce à une réforme de la fiscalité et une meilleure traçabilité des flux ;
Financement endogène complémentaire, excluant tout nouvel emprunt extérieur non stratégique.
« Nous voulons remonter cette situation héritée, sans pour autant aggraver la dette publique et sans brader nos ressources naturelles et foncières, » a insisté le Premier ministre, soulignant que l’équilibre sera recherché entre rigueur budgétaire et souveraineté économique.
Des mesures concrètes de rationalisation et de réforme fiscale
Le gouvernement entend rationaliser les dépenses publiques et accroître les recettes internes à travers plusieurs mesures concrètes :
Réduction du train de vie de l’État, avec une baisse des frais liés aux déplacements officiels, aux missions à l’étranger et aux privilèges de certaines institutions ;
Revue des niches fiscales sous-exploitées, avec une taxation ciblée de secteurs jusqu’ici peu ou mal fiscalisés, tels que :
le numérique,
les transactions via mobile money,
les jeux de hasard et jeux en ligne,
le foncier spéculatif ;
Renégociation des contrats dans les secteurs stratégiques : pétrole, gaz, mines, avec une volonté d’obtenir une meilleure part des revenus tirés de l’exploitation de ces ressources.
Autres mesures annoncées : réduction des dépenses en eau et électricité dans les services publics, et retrait progressif des subventions non ciblées dans le secteur énergétique, remplacées par des aides dirigées vers les foyers les plus vulnérables.
Le lancement de ce plan intervient quelques semaines avant l’arrivée d’une mission du FMI, prévue fin août à Dakar. L’institution a suspendu ses décaissements, exigeant des garanties de transparence et d’engagement sur les réformes.
Le Premier ministre a vivement critiqué cette position, estimant que le FMI porte également une part de responsabilité dans la situation actuelle.
« Rien ne justifie le retard des décaissements du FMI. Ils ne peuvent pas venir chaque année et ne pas voir des anomalies aussi évidentes, » a-t-il lancé, dénonçant ce qu’il perçoit comme une volonté d’ »asphyxie » financière, tout en affirmant que « le pays tient encore. »
Malgré cette fermeté, le Sénégal ne prévoit pas de rompre avec ses partenaires internationaux. Ousmane Sonko a affirmé que le gouvernement respectera les engagements financiers du pays, y compris le service de la dette, mais dans une logique de rééquilibrage progressif.
Maintenir l’attractivité économique tout en assurant la justice sociale
Soucieux de ne pas décourager les investisseurs, le gouvernement assure que les nouvelles taxes ne seront pas excessives, et que l’attractivité du Sénégal restera préservée.
Parallèlement, un important volet social complète le plan : poursuite des mesures de lutte contre la vie chère, renforcement du financement des services sociaux (éducation, santé, protection sociale) et soutien accru aux ménages les plus défavorisés.
Cette composante sociale est jugée cruciale pour restaurer la confiance des populations, mises à rude épreuve par les crises successives. « Ce plan se fera pour vous, avec vous, » a déclaré le président Diomaye Faye, appelant les citoyens à accompagner cet effort collectif.
Un budget équivalent à 5 667 milliards de FCFA
Le gouvernement ambitionne de mobiliser 5 667 milliards de FCFA (soit plus de 8,6 milliards d’euros), correspondant au budget national 2025, pour mettre en œuvre ce plan.
Ce nouveau programme s’inscrit dans la continuité du « Sénégal 2050 : agenda national de transformation, » présenté en octobre 2024. Cette stratégie à long terme vise une transformation structurelle du pays, tant au niveau économique qu’institutionnel.
Avec ce plan, le duo exécutif formé par Diomaye Faye et Ousmane Sonko entend concrétiser la rupture promise lors de la campagne présidentielle : rupture avec la dépendance extérieure, avec la gestion opaque du passé, et avec les inégalités sociales croissantes.
La tâche s’annonce titanesque, mais le message est clair : le Sénégal veut désormais bâtir une économie résiliente, sobre, équitable et souveraine, en misant sur ses propres forces, sans sacrifier ni sa stabilité, ni sa dignité.
« Notre génération n’a pas le droit d’échouer, » a martelé le Premier ministre, concluant son discours sur un ton grave mais résolu.

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