Face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et aux risques pesant sur les flux mondiaux d’engrais, les États-Unis explorent de nouvelles sources d’approvisionnement. Le Maroc apparaît comme une alternative stratégique pour réduire la dépendance américaine au Golfe
Les États-Unis intensifient leurs efforts pour sécuriser leurs approvisionnements en engrais dans un contexte de fortes perturbations internationales. Selon des déclarations de Kevin Hassett, conseiller économique à la Maison-Blanche, rapportées par Reuters le 17 mars.
Washington a engagé des discussions avec le Maroc, aux côtés d’autres pistes comme le Venezuela, afin de limiter l’impact des tensions sur ses agriculteurs.
Présentée comme une «assurance contre les perturbations», cette démarche vise à anticiper les risques pesant sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, alors que les flux en provenance du Golfe sont fragilisés.
Le détroit d’Ormuz, point névralgique sous tension
Cette réorientation stratégique intervient dans un climat marqué par une escalade militaire au Moyen-Orient, qui menace directement le détroit d’Ormuz, un passage clé pour le commerce mondial des fertilisants. Près d’un tiers du transport maritime d’engrais y transite, notamment l’urée et les phosphates, essentiels à la sécurité alimentaire mondiale.
La fermeture partielle ou totale de cette voie maritime ferait peser un risque majeur sur les prix et la disponibilité des intrants agricoles, déjà sous pression.
Une dépendance encore forte au Moyen-Orient
Les États-Unis restent fortement dépendants des importations d’engrais. En 2024, leurs achats ont atteint près de 9,3 milliards de dollars, dont environ 22 % provenaient du Moyen-Orient. Cette exposition accrue explique la volonté de diversifier rapidement les sources d’approvisionnement.
Dans ce contexte, le Maroc, déjà présent sur le marché américain, pourrait voir son rôle renforcé. À ce stade, sa contribution reste limitée, avec environ 195 millions de dollars d’exportations vers les États-Unis en 2024, soit à peine 2,2 % des importations totales.
Le Maroc, un acteur stratégique en embuscade
Premier exportateur d’engrais en Afrique, le Royaume dispose d’atouts majeurs pour capter une part plus importante du marché américain. Ses exportations, dominées par les engrais phosphatés et composés, continuent de progresser dans un contexte de demande mondiale soutenue.
Déjà solidement positionné en Europe — où il figure parmi les principaux fournisseurs — le Maroc bénéficie d’une industrie structurée autour du phosphate, ressource stratégique dont il détient une part significative des réserves mondiales.
Vers un repositionnement des flux mondiaux
Si les discussions avec Washington aboutissent, elles pourraient redessiner les équilibres du marché mondial des engrais. Pour les États-Unis, il s’agit de sécuriser un intrant clé pour leur agriculture. Pour le Maroc, l’enjeu est de consolider sa position comme fournisseur incontournable à l’échelle mondiale.
Dans un contexte de recomposition géoéconomique accélérée, les engrais s’imposent plus que jamais comme un levier stratégique au croisement de l’agriculture, de l’énergie et de la souveraineté alimentaire.





Maroc

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