En République Démocratique du Congo, le président honoraire Joseph Kabila est devenu le point focal de toutes les critiques. Huit ans après la fin de son règne, il est encore accusé de tout : de l’échec militaire à la crise économique, en passant par l’effondrement des institutions. On semble croire que la solution aux problèmes du pays passerait par la « mort » politique – voire physique – de Joseph Kabila
Un catalogue d’accusations
On lui reproche :
De ne pas avoir formé ni équipé l’armée nationale ;
D’avoir affaibli les FARDC en les infiltrant avec des anciens rebelles ;
D’avoir éliminé des généraux patriotes, mettant à mal la chaîne de commandement ;
D’avoir été la marionnette de Paul Kagame, compromettant la souveraineté du pays ;
D’avoir laissé l’économie s’effondrer, abandonné la justice, la santé, l’éducation…
Une logique de diversion
Même si certaines de ces critiques peuvent être fondées, elles ne peuvent justifier l’inaction ou l’échec des gouvernants actuels. Depuis 2019, le pouvoir est entre d’autres mains. Qu’a-t-on fait de ce pouvoir ? Où sont :
Les réformes militaires promises ?
Les avancées concrètes dans la santé ou l’éducation ?
La lutte efficace contre la corruption ?
Le redressement économique structurel ?
La vérité est que l’obsession contre le président honoraire Joseph Kabila est devenue un écran de fumée, un substitut à l’absence de résultats.
L’hypocrisie des anciens compagnons
Ce qui est encore plus triste, c’est de voir les anciens collaborateurs du président honoraire – membres du FCC ou du PPRD – venir grossir les rangs des accusateurs.
Certains vont jusqu’à déclarer que Joseph Kabila les avait manipulés, roulés dans la farine, ou menti, et que ses prises de parole récentes révéleraient sa vraie nature.
C’est là une honte intellectuelle, une trahison morale, et une insulte à la mémoire collective. Ces hommes et femmes ont cogéré la République pendant deux décennies. Se reconvertir publiquement pour se blanchir tout en rejetant la faute sur un seul homme, c’est fuir la responsabilité politique partagée.
Un déficit de pensée politique
Ce rejet permanent de l’ancien président reflète une paresse intellectuelle et un vide de leadership. Il est plus simple de diaboliser un homme que de proposer une vision nationale, des réformes courageuses, ou de rassembler la population autour d’un projet collectif.
Tant que la classe politique congolaise continuera à s’acharner sur le passé au lieu de se projeter vers l’avenir, le pays restera prisonnier de ses crises cycliques.
✅ Recommandations pour sortir de l’impasse
La RDC ne peut pas continuer à tourner en rond entre accusations, règlements de comptes et repositionnements politiciens. Voici quelques recommandations concrètes pour répondre à la fois à la crise politique nationale et à l’impasse sécuritaire dans l’Est du pays :
1. Rompre avec la politique spectacle
Mettre fin aux discours de haine, aux règlements de comptes médiatiques et à la manipulation de l’opinion. Il faut refonder un débat politique basé sur la vérité, la vision et l’intérêt général.
2. Établir un pacte de responsabilité nationale
Organiser une conférence de vérité et d’unité nationale où anciens et nouveaux dirigeants reconnaissent leur responsabilité commune dans la gestion passée, s’engagent à ne plus gouverner par la division, et définissent ensemble un projet national inclusif.
3. Repenser la gouvernance militaire dans l’Est
Créer un commandement spécial unifié et transparent pour la zone de conflit. Recruter des officiers intègres, exclure les agents doubles, et renforcer la chaîne logistique et morale de l’armée. Stopper toute forme de compromission avec les groupes armés ou leurs parrains.
4. Consolider les acquis diplomatiques
La diplomatie congolaise a obtenu une victoire stratégique : la communauté internationale reconnaît enfin l’agression rwandaise et demande le retrait des troupes du M23. Il faut désormais :
Renforcer le suivi des accords de Luanda, Nairobi, Doha et de Washington
Impliquer davantage l’ONU, l’UA et les pays garants pour garantir le respect effectif des engagements
Maintenir une voix forte et unifiée du Congo dans les forums internationaux
5. Renforcer la conscience citoyenne
Aucun changement durable sans un peuple éveillé. Il faut éduquer à la citoyenneté active, encourager le contrôle populaire des élus, et mobiliser la société civile dans toutes les provinces.
Conclusion : L’unité, ou l’échec collectif
À force de se diviser, de se rejeter la faute, et de rejouer sans cesse le procès du passé, les Congolais perdent de vue l’essentiel : la nation n’appartient ni à un clan, ni à un homme, mais à tous ses enfants.
Trop d’énergie est consacrée à détruire des figures politiques, pas assez à bâtir un avenir commun. L’heure n’est plus aux règlements de comptes, mais à la responsabilité, au courage politique et à l’unité nationale.
La RDC n’a pas besoin d’un coupable éternel. Elle a besoin de réformes solides, d’institutions respectées, et surtout d’un peuple qui choisit l’avenir plutôt que les querelles du passé.
Les enfants d’un même pays ne doivent pas se combattre pour des ambitions personnelles. Ils doivent s’élever pour reconstruire ensemble une patrie digne, forte et respectée.
✍️ Willy Lukanga
Easy Cargo Freight International




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