Dans la diplomatie comme dans les affaires, la valeur d’un accord ne réside pas dans la signature publique ou dans le document lui-même, mais dans la volonté réelle des parties de le mettre en œuvre. Un accord mal conçu, flou ou né dans un climat de suspicion devient vite un terreau fertile aux conflits
Signer un texte devant les caméras n’aura aucun effet sans foi, engagement mutuel et actions concrètes.
Un accord entre deux États, mais deux visions contraires
C’est exactement le cas de l’accord récemment signé entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda.
Présenté officiellement comme un pas vers la paix, la coopération sécuritaire et le développement régional, il peine déjà à convaincre.
Du côté congolais, le climat est marqué par l’incertitude. Le contenu de l’accord reste flou pour beaucoup, ce qui alimente les soupçons.
Plusieurs acteurs politiques affirment ne pas avoir été consultés ni associés aux négociations, renforçant l’idée d’un accord imposé plutôt que construit par consensus.
Quant à l’opinion publique, profondément marquée par les décennies de guerre à l’Est, elle accueille l’accord avec scepticisme, voire hostilité.
Rwanda : un ton ferme qui Interroge
Du côté rwandais, le président Paul Kagamé adopte une posture de fermeté. Ses déclarations publiques demeurent intransigeantes, voire provocatrices.
Comment bâtir un climat de confiance quand l’un des signataires continue à tenir un discours perçu comme agressif ?
Ce ton alimente l’idée que derrière les gestes diplomatiques se cache une profonde méfiance, voire des agendas cachés.
La méfiance : un obstacle structurel
Un accord signé entre deux parties qui ne se font pas confiance, et prêtes à revenir à la case départ à la moindre difficulté, a peu de chances de succès.
La paix ne se construit pas sur du papier. Elle se bâtit sur la reconnaissance mutuelle, le dialogue permanent et la volonté partagée de régler les différends de manière pacifique et transparente.
La RDC et le Rwanda ont un passé lourd de tensions, d’ingérences présumées et de conflits armés.
Le tissu de confiance entre les deux pays a été profondément abîmé, et seule une diplomatie responsable, fondée sur des actes concrets, pourra le réparer.
Un défi majeur : le désarmement des groupes armés
Au-delà des tensions politiques, l’accord se heurte aussi à un défi opérationnel majeur : le désarmement des forces négatives opérant dans la région, notamment la coalition M23/AFC.
Ces groupes armés, désignés comme cibles du processus de paix, poursuivent en réalité leurs propres agendas, souvent influencés par des dynamiques régionales complexes, des soutiens étrangers et des rivalités internes.
Sans un cadre clair, contraignant et concerté pour leur désarmement, leur réinsertion ou leur neutralisation, l’accord risque d’être vidé de sa substance sur le terrain.
Tant que ces groupes resteront actifs — parfois soutenus tacitement ou ouvertement par certains acteurs —, la paix véritable restera hors de portée.
Pour une coopération réelle et durable
Cet accord, au-delà de ses limites, rappelle une vérité fondamentale : la paix ne se proclame pas, elle se construit. Cela exige :
une implication transparente des institutions politiques des deux pays ;
un soutien populaire nourri par l’éducation et la vérité ;
un engagement sincère à mettre fin aux hostilités par la diplomatie, et non par les armes ;
et surtout, une vision commune de coopération équitable sur les plans sécuritaire et économique ;
À défaut, cet accord risque de rejoindre la longue liste des traités africains restés sans suite, faute de volonté politique réelle.
Conclusion : ni Washington, ni Bruxelles ne feront la paix à notre place
L’implication des États-Unis et des autres partenaires internationaux — aussi stratégique soit-elle — ne saurait garantir la paix à elle seule.
Même si ces puissances cherchent à stabiliser la région pour protéger leurs propres intérêts, elles ne peuvent se substituer à la responsabilité des acteurs locaux.
Tant que le Rwanda et la RDC ne feront pas le choix sincère de coopérer, de désarmer les groupes armés, et de construire une paix durable et équitable, aucun accord, aussi bien médiatisé soit-il, ne portera de fruits.
Par Willy Lukanga
Entrepreneur et observateur engagé des dynamiques régionales africaines
Easy Cargo Freight International




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