En trois jours, l’Émir du Qatar, Sheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, a enchaîné Kigali et Kinshasa, mêlant médiation politique et ancrage économique. Une séquence stratégique qui confirme l’ambition de Doha de devenir un acteur incontournable dans la stabilisation des Grands Lacs et le développement de l’Afrique centrale.

L’Émir du Qatar a achevé une visite de trois jours au Rwanda puis en République démocratique du Congo, dans un contexte où se poursuivent les discussions du Processus de Doha, cadre de négociation visant à stabiliser la région du Grand Kivu.
À Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a salué l’implication directe de l’Émir dans les efforts de médiation entre le gouvernement congolais et la coalition AFC/M23. À Kigali, Paul Kagame a évoqué des échanges «productifs» avec son «frère et ami,»reflétant l’entente cordiale entre les deux dirigeants malgré les tensions régionales persistantes.
Cette séquence diplomatique intervient quelques jours après la signature, le 15 novembre 2025, d’un accord-cadre qui établit une feuille de route sans régler les questions les plus sensibles. Le texte réaffirme le principe d’un règlement exclusivement négocié, l’instauration d’un cessez-le-feu permanent et la création d’un mécanisme de supervision.
L’accord a été signé par Sumbu Sita Mambu pour la présidence congolaise, Benjamin Mbonimpa pour l’AFC/M23, et Mohammed al-Khulaifi pour le Qatar, en tant que médiateur et témoin. L’implication de Doha fait également écho aux travaux de la réunion JSCM de Washington, les 19 et 20 novembre, où les États-Unis ont rappelé l’importance d’une coordination étroite, notamment concernant les groupes armés encore actifs.
Le Qatar, de la médiation au partenariat stratégique

Au-delà de son rôle de médiation, le Qatar consolide une diplomatie économique déjà solidement implantée en Afrique centrale.
En RDC, la visite du 2 septembre 2025 de Sheikh Al-Mansour Bin Jabor Bin Jassim Al Thani, cousin de l’Émir et dirigeant d’Al Mansour Holding, avait déjà donné lieu à une lettre d’intention de 21 milliards de dollars, couvrant de multiples secteurs et remise à la Première ministre Judith Suminwa.
La visite du 21 novembre a permis de formaliser plusieurs nouveaux engagements, dont un protocole d’exemption de visas pour les détenteurs de passeports officiels. L’ouverture, en mai 2025, de l’ambassade du Qatar à Kinshasa, ainsi que l’entrée de la RDC dans le réseau de Qatar Airways en 2024, renforcent cette présence institutionnelle. La Qatar Investment Authority s’est par ailleurs invitée au capital d’Ivanhoe Mining, acteur majeur de l’exploitation minière congolaise.
Kigali, plateforme avancée de l’influence qatarie

Au Rwanda, la présence qatarie est déjà installée depuis plusieurs années. Les négociations ouvertes en 2019 pour une prise de participation à hauteur de 49 % dans RwandAir se poursuivent, même si aucun accord définitif n’a été annoncé. Les deux compagnies coopèrent néanmoins sur le partage de codes et le fret aérien.
Le Qatar est également engagé dans le projet d’aéroport international de Bugesera, infrastructure clé pour les ambitions régionales de Kigali dans le secteur du transport aérien.
Une stratégie cohérente dans un moment décisif
La visite de l’Émir dépasse largement le cadre protocolaire. Elle s’inscrit dans un moment où les discussions politiques progressent lentement, tandis que les besoins de stabilisation s’entremêlent aux enjeux d’intégration régionale, qu’il s’agisse des mines, de la logistique ou des infrastructures.
Les États-Unis voient dans la montée en puissance du Qatar un complément à leurs propres priorités dans la région. Cette dynamique multiplie les ponts entre diplomatie, investissements et présence institutionnelle — une stratégie qui s’inscrit dans la durée.
En combinant médiation politique, investissements massifs et déploiement diplomatique, le Qatar confirme sa volonté d’être un acteur structurant entre Kigali et Kinshasa. La tournée de Sheikh Tamim Ben Hamad Al Thani apparaît ainsi comme une étape charnière dans l’affirmation du rôle de Doha dans les Grands Lacs, où ambitions économiques et stabilisation politique avancent désormais de pair.





République démocratique du Congo





