C’est un doux euphémisme que de penser que les relations diplomatiques entre l’Afrique du Sud et les États-Unis de Donald Trump traversent des vagues scélérates (freak waves) dangereuses de Dungeons près du Cap pour les surfeurs abonnés aux sensations fortes. Sur la même pente glissante empruntée par son homologue Charles Kushner accrédité à Paris ou encore celui en poste à Varsovie en Pologne, le nouvel ambassadeur américain, Leo Brent Bozell III, a été convoqué par le ministère des Affaires étrangères pour des «propos non-diplomatiques.» Pour avoir une idée des vues de l’administration Trump sur la politique officielle sud-africaine sous la direction de l’African National Congress (ANC), parti qui dirige la « Rainbow Nation » ( depuis la fin de l’apartheid en 1994, AFRIMAG a traduit pour vous l’éclairage de la journaliste sud-africaine Redi Tlhabi, du quotidien Daily Maverick. Ça vaut le détour !

Conseils essentiels à l’ambassadeur des États-Unis, Leo Brent Bozell III, suite à ses propos non-diplomatiques. L’Afrique du Sud est une démocratie dynamique et résiliente, dont le fondement est sa Constitution. La Constitution et les tribunaux sud-africains sont inaliénables et doivent être respectés. En les respectant, vous découvrirez des Sud-Africains chaleureux, généreux et d’une hospitalité sans bornes.
À peine deux semaines après sa prise de fonctions, l’ambassadeur des États-Unis en Afrique du Sud semble déterminé à rejoindre un club plutôt embarrassant : celui des diplomates américains récemment réprimandés par leur pays d’accueil.
Cette tendance n’est pas passée inaperçue. En France, l’ambassadeur américain Charles Kushner a été réprimandé et mis à l’écart suite à des propos largement perçus comme une ingérence dans les affaires intérieures françaises. En Pologne, le Premier ministre Donald Tusk et des parlementaires ont également publiquement fustigé l’ambassadeur américain Tom Rose pour des insultes et des menaces indignes d’un diplomate.
L’ambassadeur Bozell a manifestement décidé de ne pas rester en marge
Bozell a déclaré qu’il se fichait des tribunaux sud-africains – une déclaration qui a suscité le genre de haussement de sourcils normalement réservé aux touristes de passage qui demandent si des lions errent dans les rues de Pretoria.
En tant que Sud-Africaine vivant et travaillant dans mon pays, j’estime qu’un esprit de coopération internationale est de mise. Voici un petit guide pratique pour aider l’ambassadeur américain à s’orienter dans le contexte parfois complexe de la culture politique sud-africaine.
Il y a une nuance culturelle que l’ambassadeur devrait comprendre. Les Sud-Africains n’apprécient pas qu’on leur parle avec condescendance. Il faut blâmer le colonialisme. Il faut blâmer l’apartheid. Il faut blâmer la longue et douloureuse histoire de ces hommes blancs arrivés sur ce Continent, persuadés d’avoir une mission civilisatrice et un droit permanent de donner des leçons aux Africains sur la façon de gérer leurs propres affaires. Au lieu de cela, ils ont légué aux nations africaines des décennies de racisme, d’oppression et de violence. Cette mentalité condescendante ne passe pas du tout en Afrique du Sud.
Lorsque des responsables étrangers adoptent le ton des superviseurs coloniaux expliquant la démocratie aux indigènes, la réaction est immédiate. Les Sud-Africains ont déjà entendu ce discours de la part de gouverneurs, d’administrateurs et d’hommes qui estimaient que leur autorité découlait de leur race plutôt que du consentement. Les Sud-Africains sont un peuple chaleureux et hospitalier. Ils sont également profondément allergiques à la condescendance. En clair : ils sont fiers de ce qu’ils sont.
Les Sud-Africains entretiennent un attachement particulier à leur Constitution. Nos tribunaux ont rendu des décisions défavorables à des gouvernements, au Parlement et à des présidents. La société civile a contraint le gouvernement de Thabo Mbeki à fournir des traitements vitaux contre le VIH après avoir obtenu gain de cause devant les tribunaux. Un ancien président, Jacob Zuma, a été emprisonné par la Cour constitutionnelle.
Même Nelson Mandela, alors président, a été traîné en justice par Louis Luyt, surnommé «Die Pous van Ellis Park». Mandela a dû se conformer à la décision de la Cour suprême, qui limitait son pouvoir de réformer le rugby.
En Afrique du Sud, le système constitutionnel n’est pas une simple suggestion ; c’est un engagement
Ainsi, lorsqu’un ambassadeur en visite déclare se désintéresser du système judiciaire sud-africain, c’est la consternation générale. Il donne l’impression de prendre Pretoria pour un studio de télévision. En Afrique du Sud, le système constitutionnel n’est pas une simple suggestion ; c’est un engagement. Et chaque citoyen, du plus humble au président, y est tenu.
L’ambassadeur Bozell dénonce depuis des décennies la lutte anti-apartheid. Même après la mort de Mandela en 2013, il s’est plaint sur les réseaux sociaux que les médias «mythifiaient» sa figure. Une critique curieuse de la part d’un homme qui représente une nation vénérant le droit de porter des armes avec une ferveur quasi religieuse.
Mais bon, à l’image de leur icône, les Sud-Africains sont généralement chaleureux et indulgents. En août 1995, au sommet de sa gloire, et dans un élan de grâce et de pardon, Mandela se rendit à Orania pour prendre le thé avec Betsie Verwoerd, la veuve de l’architecte de l’apartheid, Hendrik Verwoerd. Le président Thabo Mbeki lui-même proposa des funérailles nationales à l’ancien président et homme fort de l’apartheid, P.W. Botha. Sa famille refusa, mais Mbeki publia néanmoins un communiqué de condoléances officiel et magnanime. Ce pays sait accueillir l’autre. Mais attention à ne pas insulter la justice.
Une autre bonne pratique diplomatique : dialoguer avec l’État souverain, et non avec les voix les plus bruyantes en marge de la société. Le gouvernement sud-africain n’a pas de politique intitulée «Tuer les Boers.» Les partis au pouvoir ne la brandissent pas lors d’événements officiels. La plupart des citoyens s’en désintéressent. Pourtant, certains observateurs semblent étrangement pressés d’ériger des obsessions marginales en débats de politique nationale. C’est une stratégie diplomatique curieuse : imaginez arriver en Grande-Bretagne et décider que la meilleure façon de comprendre la politique britannique est de citer la rubrique commentaires du tabloïd à sensation The Sun. L’Afrique du Sud est gouvernée par une Constitution, et non par l’indignation virale.
Leo Brent Bozell IV, fils de l’ambassadeur, condamné dans l’attaque du Capitole américain
Dans les familles noires, la première question posée lorsqu’un enfant se comporte mal est : «De quelle famille vient-il ?» À l’arrivée de l’ambassadeur Bozell à Pretoria, personne n’a évoqué le cas de son fils, Leo Brent Bozell IV, condamné pour son rôle dans l’attaque du Capitole américain le 6 janvier. Un jury fédéral l’a reconnu coupable non pas d’un, ni de deux, ni de trois, mais de dix chefs d’accusation. Il figurait parmi les émeutiers qui ont forcé les barricades de police pour affronter les forces de l’ordre. Bozell junior a été condamné à trois ans de prison, mais a ensuite été gracié par Donald Trump.
Pas un seul Sud-Africain n’a évoqué cette histoire, car «on écoute et on ne juge pas.» Il suffit de tenir les enfants éloignés des Union Buildings. Et d’éviter de donner des leçons aux Sud-Africains sur la politique, les institutions et l’État de droit.
L’Afrique du Sud, une démocratie résiliente
L’Afrique du Sud n’est pas un État fragile. C’est une démocratie bruyante, passionnée et résiliente.
Notre vie politique est complexe. Nos débats sont animés. Nos institutions sont souvent mises à l’épreuve.
Mais une chose est non négociable : la Constitution. Respectez-la, et vous découvrirez des Sud-Africains chaleureux, généreux et d’une hospitalité sans bornes.
Ignorez-la, et vous risquez d’apprendre une expression typiquement sud-africaine : « Hier kom kak ! » (traduction littérale : « Ici vient la merde ! »). Demandez à AfriForum de traduire. DM
Redi Tlhabi. Journaliste, producteur, auteur et ancien animateur radio sud-africain
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