A l’occasion du Nouvel An 2024, le chef de l’Etat de la République de Guinée, le colonel Mamadi Doumbouya, s’est adressé à la nation pour présenter à ses compatriotes ses vœux mais également faire le bilan de la transition qu’il mène depuis un peu plus de deux ans et évoquer, sans détours, les perspectives du retour à l’ordre constitutionnel sans confondre vitesse et précipitation.

La priorité pour le Président du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) est, comme il le réitère à l’entame de son discours à la Nation, son «attachement indéfectible à la promotion du vivre-ensemble, au dialogue et à la paix» ainsi que son «entière disponibilité à toujours apporter (sa) pleine contribution à l’avènement d’une Guinée émergente, plus solidaire, plus sûre et tolérante.» Le Président de la Transition inscrit l’action de son équipe non pas dans un agenda dicté à partir de l’extérieur, comme les «exigences» d’un retour rapide à la démocratie formulée, au début de la Transition par la communauté internationale et notamment la CEDEAO, et qui ne tiennent pas compte, en réalité, de la situation sociopolitique et économique des Etats en transition (Burkina Faso, Guinée, Gabon, Mali, Tchad).
Restaurer le vivre-ensemble
La bonne perception des défis à relever et le bilan encourageant, de manière générale, pour l’année écoulée, constituent, aux yeux du Président du CNRD, un motif de fierté et de satisfaction mais surtout un bon stimulus pour poursuivre cette «avancée positive» vers les réformes escomptées. «L’avenir radieux» du pays, comme objectif du travail en cours depuis 2021, n’est cependant garanti, estime le colonel Mamadi Doumbouya, que par «l’apport de l’ensemble des Guinéens, des partenaires et amis de la Guinée.» Il sera «la somme de toutes nos contributions au bien-être du pays qui façonne le devenir de notre Nation», souligne le Président de la transition.
Evitant soigneusement l’évocation de la notion galvaudée de «retour à la démocratie», le Chef de l’Etat de la Transition lui substitue celle plus ancrée dans le vécu des Guinéens, et des Africains de manière générale, du «vivre-ensemble» dont le processus de rétablissement semble être l’une des finalités de tout ce qui est entrepris par le CNRD depuis la chute du Président Alpha Condé. C’est dans ce cadre que le Président de la Transition cite, à titre d’exemples, «les concertations initiées au lendemain de la prise de responsabilité par le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) en passant par les journées de pardon-vérité, le cadre de dialogue Inclusif Inter-Guinéen et tout récemment la chaîne de solidarité mise en place spontanément pour venir en aide aux victimes de l’incendie du dépôt des hydrocarbures survenu à Kaloum.»

Dans un pays où l’ethnie a souvent été instrumentalisée, cette notion du vivre-ensemble et de la cohésion sociale est une dimension cruciale de la Transition. A cet égard, le colonel Mamadi Doumbouya estime qu’elle «mérite d’être renforcée davantage et préservée», afin de maintenir (la Guinée) dans le concert des Nations qui inspirent admiration et considération.»
Pour relever un tel défi, les Guinéens ne doivent compter que sur eux-mêmes en ayant un «sens élevé de patriotisme et de responsabilité (…) pour se mettre au-dessus de toute considération partisane, afin de faire (du) pays une concentration de forces et d’intelligences, un tout, un bloc riche de sa diversité pour bâtir un avenir meilleur», exhorte le numéro 1 guinéen.
Garantir la bonne redistribution des richesses
Les efforts de la Transition doivent aboutir à l’émergence «de la Guinée nouvelle», ce qui «nécessite de chacun et de tous d’avoir davantage confiance en (son) pays, et d’être mus par la certitude que les fruits des efforts collectifs seront redistribués à tous.»Cette promesse du Chef de l’Etat justifie, tient-il à le rappeler, «le protocole d’accord concluant entre le Gouvernement, le Patronat et le mouvement syndical qui a permis non seulement d’apaiser le climat social, mais également d’améliorer les conditions de vie des travailleurs Guinéens.» «Ce Protocole d’accord prévoit une augmentation échelonnée jusqu’à 35% sur la valeur de l’indice monétaire» et «la cotisation sociale, qui est une des mesures d’accompagnement, est destinée à la couverture médicale jusqu’à 80% pour les fonctionnaires et les contractuels d’Etat, les retraités et les personnes à charges, conformément aux textes en vigueur, six (6) mois après la mise en application du régime contributif.»
Dans la même dynamique, le Gouvernement envisage le recrutement, par voie de concours, de 20.000 nouveaux fonctionnaires, en vue de pallier le manque de ressources humaines qualifiées dans l’administration publique guinéenne. Il s’agit-là, rappel le Chef de la Transition, d’un «résultat (qui) intervient après des efforts considérables d’épuration du fichier de la Fonction publique.» Et le colonel Mamadi Doumbouya de rappeler un volet important des réformes en cours réalisé à travers des investissements sociaux destinés à «favoriser les couches les plus vulnérables, en particulier les femmes et les jeunes.» Ces investissements orientés ont profité aux secteurs clés de «l’éducation, de l’emploi, de la santé et de l’amélioration des conditions de vie des travailleurs» avec des améliorations «nettement visibles», souligne le Président de la Transition. C’est là, estime-t-il, un aspect important des «réformes structurelles profondes de redressement de l’économie nationale et de la bonne gouvernance entreprises par le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) et le Gouvernement» depuis 2021.
De bonnes perspectives économiques
Avec la question du vivre-ensemble abordée en priorité par le colonel Mamadi Doumbouya pour l’importance qu’elle revêt dans un pays pluriethnique comme la Guinée, et le volet social, pour son caractère sensible, le processus du développement économique «se porte bien malgré la conjoncture mondiale», fait-il savoir. Les avancées significatives en ce domaine sont déclinées en reconnaissance, au plan international, de ces résultats (Le passage de la Guinée de la catégorie de pays à revenu national faible au statut de pays à revenu national intermédiaire) et en performances chiffrées que le colonel Mamadi Doumbouya a passées en revue comme «des preuves concrètes du résultat des réformes engagées.»
Dans le domaine des infrastructures, il s’agit d’un vaste projet de construction et de reconstruction des voiries urbaines dans le Grand Conakry et à l’intérieur du pays : «mise en circulation de plus de 800 km de routes revêtues et plus de 1.400 km de routes en terre pour le désenclavement en faveur des populations rurales, des ouvrages de franchissement importants (ponts sur la Soumba, sur le fleuve Sankarani, l’échangeur Paul Kagamé, des routes nationales Coyah-Faramoriah-Frontière Sierra Leone, Dabola-Kouroussa, Guéckédou-Kondémbadou.» Les échangeurs du km 36 et de Bambéto, le pont unique à péage de Tanéné, la route Kankan-Mandiana, les voiries urbaines à Conakry et de l’intérieur du pays constituent d’autres projets qui seront finalisés au cours des prochains mois à Conakry et à l’intérieur du pays.
Le secteur de l’Agriculture et de l’Élevage, aux «enjeux stratégiques pour la sécurité alimentaire» des Guinéens ont également bénéficié d’une attention particulière indique le Président de la Transition. Le budget alloué à ce secteur a «considérablement augmenté» et « a permis notamment l’élaboration d’une campagne agricole sans précédent dans toutes les préfectures avec l’acquisition de plus de 60.000 tonnes d’engrais à un prix accessible et acheminés au plus près des utilisateurs, l’accompagnement des agriculteurs pour l’accès aux équipements (tracteurs, moissonneuses, décortiqueuses…).
Le Président de la Transition rappelle dans son adresse à la Nation qu’avec «la baisse tendancielle des appuis extérieurs», la Guinée compte désormais «sur l’élargissement des bases de (son) économie et l’accroissement de la part des ressources propres dans le budget de l’Etat pour augmenter la productivité.» De même, l’Etat s’est attelé à densifier la production et la rentabilité des exploitations minières. «L’approbation définitive du financement du Projet Simandou, estimé entre 15 et 20 milliards de dollars, par la Chine à travers la NDRC en est un exemple éloquent», souligne le colonel Mamadi Doumbouya. La bonne approche et les négociations acharnées que le gouvernement guinéen a adoptées dans le cadre du Projet Simandou sont, pour le Président du CNRD, «des sources d’espoir dans la matérialisation du contenu local» et un bon indice de satisfaction en ce qui concerne la création «des opportunités d’affaires aux entreprises guinéennes et former les Guinéens pour garantir le transfert de compétences et de technologies.»
Les dix points du Chronogramme de la Transition seront respectés
Très attendues, les questions politiques inscrites dans le cadre du Chronogramme de la Transition ont été abordées sans détours par le colonel Mamadi Doumbouya. Finalité du processus en cours depuis 2021, «la mise en place d’institutions fortes qui résistent au temps et à la tentation des hommes reste et demeure l’un des objectifs clés de cette Transition», rassure le Président du CNRD. Ce processus que le pouvoir de la Transition se refuse de précipiter pour répondre à des injonctions venant de l’extérieur, se met en place certes lentement mais sûrement. Le Président de la Transition donne des assurances fermes que le gouvernement fournit des «efforts considérables de retour à l’ordre constitutionnel, par l’organisation d’élections libres, démocratiques et transparentes de la base au sommet en respectant les dix (10) points du Chronogramme de la Transition.» Il a annoncé comme point essentiel de ce processus, l’organisation d’un référendum pour approuver « une nouvelle Constitution qui nous ressemble et qui nous rassemble» parce qu’elle ne sera pas, comme le veulent ceux qui confondent vitesse et précipitation, «du copier-coller», «mais une Constitution qui s’inspire du passé pour bâtir ensemble» l’avenir de la Guinée.
Le colonel Mamadi Doumbouya rappelle que le choix de bâtir une démocratie en fonction des spécificités de la Guinée et des Guinéens ne ferme pas, cependant, les négociations et la concertation entre le Gouvernement et la CEDEAO, déjà engagés «dans un processus de compromis dynamique» ayant abouti, à l’adoption, le 25 octobre dernier par le Conseil National de la Transition, de la loi sur l’identification des personnes physiques et la loi relative à l’état civil. Et le chef de l’Etat de rappeler que la première loi, qui n’existait pas auparavant, «permettra de donner un régime juridique propre à l’identification des personnes physiques. La maîtrise de l’évolution de la population guinéenne, la sécurité des citoyens et la protection de leurs données personnelles, des questions sensibles et stratégiques qui trouveront des réponses idoines grâce à ce nouveau cadre légal. Enfin, ce processus donnera lieu à la création d’un registre national des personnes physiques et favorisera l’attribution d’un numéro personnel d’identification unique à chaque citoyen guinéen.»
La seconde loi rapprochera l’état civil des populations avec le Programme National de Recensement Administratif à Vocation d’État Civil (PN-RAVEC). S’y ajoute le début de la cartographie censitaire, qui est l’une des étapes majeures du processus de recensement général de la population et de l’habitat, après la phase pilote de cartographie.
Finalement, l’on se rend compte, à travers ce discours-bilan du colonel Mamadi Doumbouya, que, comme il l’affirme lui-même, «le processus va bon train, étape par étape» et que, le seul reproche que l’on peut lui faire c’est de n’avoir pas «marché au pas» préférant aller à son propre rythme pour construire une démocratie adaptée et non seulement adoptée.




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