L’affaire de l’uranium du Nord-Niger prend une dimension judiciaire internationale. Le parquet de Paris a lancé une procédure pour «vol en bande organisée» suite à l’évaporation suspecte de centaines de tonnes de concentré d’uranium sur le site d’Arlit. Entre contentieux industriel, souveraineté nationale et basculement géopolitique, ce dossier cristallise les tensions extrêmes entre le groupe français Orano et les autorités de Niamey. Détails.
La justice française s’est officiellement saisie du dossier concernant le mouvement non autorisé de stocks d’uranium au Niger. L’enquête, pilotée par les magistrats spécialisés en criminalité financière et sécurité nationale, porte sur des soupçons de vol en bande organisée, possiblement réalisé pour le compte d’un État tiers. Fait notable : la plainte déposée par le géant nucléaire français Orano remonte au 18 août 2024. Cela démontre que les craintes d’un détournement illicite de la ressource étaient présentes bien avant que les mouvements de camions ne soient physiquement observés sur le terrain à la fin du mois de novembre.
Un trésor stratégique de 173 milliards de FCFA
Au cœur du litige se trouve un stock massif de «yellowcake» (concentré d’uranium) produit par la Somaïr (Société des mines de l’Aïr) avant que l’État nigérien n’en reprenne le contrôle de fait. Orano estime qu’entre 1 300 et 1 600 tonnes de minerai ont été déplacées sans son aval. Le préjudice financier : à la valeur actuelle du marché, cette cargaison représente environ 310 millions de dollars US, soit plus de 173 milliards de FCFA.
Selon Paris, des preuves satellites ont confirmé le départ d’une trentaine de camions depuis le site minier d’Arlit vers le sud du pays. Début décembre, ce convoi aurait été localisé à proximité de l’aéroport de Niamey, sans que la destination finale ou l’identité des repreneurs ne soient officiellement communiquées par le pouvoir nigérien.
L’arbitrage international face à la souveraineté nationale
Ce conflit est le point d’orgue d’un bras de fer qui dure depuis le coup d’État de juillet 2023. Orano, détenu à 90 % par l’État français, a perdu tout contrôle opérationnel sur ses actifs nigériens en décembre 2024. Malgré une décision de justice internationale (liée à la Banque mondiale) interdisant à Niamey de céder ou de transférer l’uranium produit par la Somaïr, le général Abdourahamane Tiani maintient sa position. Pour les autorités, ces ressources appartiennent au peuple nigérien et leur vente est un acte de souveraineté légitime. Cette rupture juridique pousse Orano à multiplier les procédures d’arbitrage pour protéger ses investissements.
Le pivot géopolitique : l’ombre de Moscou et Téhéran
Si Paris dit s’inquiéter d’un vol au profit d’une puissance tierce, des regards se tournent vers l’Est. Le régime nigérien ne cache plus son rapprochement avec la Russie et l’Iran. La récente visite du ministre russe de l’Énergie à Niamey, flanqué de magnats de l’industrie minière, pourrait accréditer la thèse d’un transfert de ressources vers de nouveaux alliés, au détriment des partenaires historiques occidentaux.
Un séisme pour l’investissement minier au Sahel
L’affaire nigérienne n’est pas isolée. Elle fait écho aux tensions au Mali avec le groupe canadien Barrick Gold, illustrant une tendance de fond : les États du Sahel semblent redéfinir les règles du jeu extractif. Pour les investisseurs internationaux, le message est clair : la sécurité juridique s’efface devant l’urgence politique.
Au-delà de l’enjeu financier, c’est une bataille pour l’indépendance énergétique qui se joue. L’issue de l’enquête parisienne et des arbitrages en cours pourrait redéfinir durablement la cartographie du nucléaire mondial et l’avenir des relations entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest.





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