Samedi 13 décembre 2025, Cotonou a marché pour la démocratie. Six jours après la tentative de coup d’État du 7 décembre, les Béninois ont choisi la rue pour défendre l’ordre constitutionnel, rappeler leur attachement aux règles républicaines et rejeter toute prise de pouvoir par la force. Cette mobilisation n’est pas restée cantonnée à l’espace public.
Depuis le 7 décembre, elle s’exprime sur les réseaux sociaux, où de nombreuses voix, au Bénin comme au sein de la diaspora, ont exprimé leur refus du chaos et leur fidélité à la démocratie.
Parmi ces prises de parole, celle de Marie-Cécile Zinsou a marqué les esprits par sa clarté et sa fermeté. «Personne n’a le droit d’imposer son choix de chaos à quatorze millions de Béninois,» écrit-elle, avant de rappeler que l’histoire récente du pays ne saurait être célébrée à travers la violence politique. Ce message, massivement relayé, dit quelque chose d’essentiel : au Bénin, la démocratie n’est pas une abstraction institutionnelle, mais une valeur profondément intériorisée, défendue spontanément par une société civile vigilante. Dans une région où les coups de force sont parfois accueillis par l’indifférence ou la lassitude, cette réaction collective constitue un fait politique majeur.
Ce sursaut démocratique ne relève pas uniquement de l’émotion. Il s’inscrit dans une trajectoire précise, construite depuis près d’une décennie, qui a progressivement renforcé la crédibilité des institutions et la culture de la limite du pouvoir. La révision constitutionnelle de novembre 2019 a réaffirmé les garde-fous de la République, notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels, dans un contexte régional marqué par les contournements et les révisions opportunistes. Cette logique a trouvé une traduction politique forte lorsque le président Patrice Talon a confirmé, à plusieurs reprises entre 2023 et 2025, qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2026. En Afrique de l’Ouest, ce renoncement assumé a contribué à restaurer l’idée que l’alternance est non seulement possible, mais normale.
La consolidation démocratique béninoise est aussi passée par une meilleure inclusion. Le Code électoral adopté en novembre 2019 a instauré un mécanisme inédit de sièges réservés aux femmes à l’Assemblée nationale, avec vingt-quatre sièges spécifiquement dédiés. Les élections législatives de janvier 2023 ont produit un effet concret : la représentation féminine a progressé de manière significative, renforçant la légitimité sociale du Parlement et la perception d’une démocratie plus représentative. Dans le même mouvement, le vote, à l’automne 2025, de la création d’un Sénat dont l’installation est prévue en 2026 vise à approfondir l’équilibre des pouvoirs et à multiplier les lieux de délibération institutionnelle. Là encore, qu’on adhère ou non au choix du bicamérisme, la démarche s’inscrit dans une logique de maturation républicaine.
Un État plus solide, une armée républicaine et professionnelle
Ces avancées politiques se sont accompagnées d’un renforcement plus discret mais décisif de l’État. Depuis 2016, le Bénin a engagé des réformes visant à rendre l’action publique plus transparente et plus traçable, notamment dans la gestion des finances publiques. La montée en puissance des mécanismes de contrôle, puis la consolidation de la Cour des comptes au début des années 2020, ont contribué à réduire les zones d’opacité et à restaurer la confiance dans l’administration. Parallèlement, la numérisation des services publics, amorcée avec l’adoption du Code du numérique en 2018 et accélérée après 2020, a amélioré l’efficacité de l’État tout en limitant l’arbitraire. Un État qui fonctionne mieux est aussi un État moins vulnérable aux entreprises de déstabilisation.
C’est dans ce cadre qu’il faut analyser l’échec de la tentative de putsch du 7 décembre. Les forces armées béninoises, engagées depuis 2016 dans un processus de modernisation et de professionnalisation, ont démontré leur ancrage républicain. La clarification de leur doctrine, l’amélioration de la chaîne de commandement et l’investissement dans la formation ont renforcé une culture militaire fondée sur l’obéissance au pouvoir civil. La réaction rapide et maîtrisée face à la tentative de déstabilisation illustre ce basculement : l’armée béninoise ne se perçoit plus comme un arbitre politique potentiel, mais comme un garant des institutions.
Cela ne signifie pas que le Bénin soit à l’abri. Le pays évolue dans un environnement régional instable, où la tentation putschiste s’est banalisée et où des influences externes peuvent chercher à fragiliser un modèle démocratique précisément parce qu’il tient. Un Bénin stable, démocratique et fonctionnel constitue un contre-exemple gênant pour certains régimes voisins. Des acteurs nationaux peuvent parfois être tentés de céder à ces logiques de déstabilisation, par opportunisme ou ressentiment.
D’où une conclusion essentielle : la démocratie ne signifie ni naïveté ni laxisme. Elle suppose au contraire la fermeté de l’État, la défense résolue de l’ordre constitutionnel et la sanction claire de toute aventure armée. La marche du 13 décembre 2025 l’a montré avec force : au Bénin, la République n’est pas un décor fragile. Elle est portée par une culture civique active et protégée par des institutions suffisamment solides pour résister aux secousses.




![Tribune | Culture démocratique et institutions républicaines : les armes du Bénin qui ont empêché le putsch [Par Charles Agbo] Depuis le 7 décembre, elle s’exprime sur les réseaux sociaux, où de nombreuses voix, au Bénin comme au sein de la diaspora, ont exprimé leur refus du chaos et leur fidélité à la démocratie.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2025/12/Cotonou-1-1.jpg.webp)
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