La session plénière de la 20ᵉ Conférence économique africaine (AEC) s’est tenue samedi 11 juillet à Abidjan, au siège de la Banque africaine de développement (BAD), réunissant les plus hauts responsables économiques du continent. Placée sous le thème du renforcement de l’autonomie géopolitique et de la résilience commerciale, cette session a vu se succéder des interventions marquées par un appel à un changement de paradigme fondamental.

La Côte d’Ivoire en première ligne
Les récentes tensions qu’a connues le monde ont rappelé la vulnérabilité du continent africain face aux conflits géopolitiques. L’Afrique a l’opportunité de redéfinir les règles du jeu en se replaçant au centre des chaînes de valeur mondiales. « L’Afrique ne peut plus être considérée simplement comme un réservoir de matières premières. Nous devons être reconnus comme un acteur clé des chaînes d’approvisionnement mondiales, un pôle d’industrialisation et une force capable de défendre ses intérêts dans la gouvernance économique internationale », a insisté Souleymane Diarrasouba, ministre ivoirien du Plan et du Développement, représentant le président ivoirien Alassane Ouattara lors de cet échange de haut niveau. Il a exhorté les dirigeants présents à repenser le positionnement du continent.
Un plaidoyer pour la souveraineté financière
Ces différentes crises ont surtout montré au monde que l’Afrique, par la résilience qu’elle a affichée, se suffit à elle-même. En effet, les prévisions économiques du continent restent largement positives. Le taux de croissance du PIB du continent va pour la première fois dépasser celui de l’Asie. Il s’ouvre une nouvelle ère dont le continent devra saisir toutes les opportunités. « Pendant des décennies, les discussions sur l’Afrique ont porté sur la dépendance, la vulnérabilité et l’adaptation. Aujourd’hui, nous devons nous concentrer sur l’autonomie, la résilience, la compétitivité et l’influence. L’autonomie géopolitique de l’Afrique se mesurera à sa capacité à négocier d’une position de force, à façonner les règles du jeu et à traduire ses intérêts collectifs en actions collectives. C’est l’objectif affiché du projet de Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA) », a déclaré le président de la Banque africaine de développement, le Dr Sidi Ould Tah.

La question du financement et de la mobilisation des ressources financières reste centrale dans la concrétisation de ce nouveau paradigme. Il urge de donner la priorité aux ressources internes afin de mobiliser les capitaux locaux et de multiplier les initiatives allant dans ce sens. Par ailleurs, redéfinir les partenariats extérieurs reste tout aussi important, notamment sur « l’aide ». « Pour de nombreux pays partenaires, l’aide n’est plus une source de financement fiable ou croissante. Nous devons préserver et prioriser l’aide publique au développement là où elle est la plus nécessaire, tout en mobilisant des volumes beaucoup plus importants de financement du développement provenant de toutes les sources disponibles », a souhaité Maria del Pilar Garrido Gonzalo, directrice de la coopération pour le développement à l’OCDE.
Un monde en recomposition
Les ambitions à cette nouvelle ère pour l’Afrique sont claires et sans ambiguïté. Tous appellent à une refonte des relations économiques du continent, entre affirmation de souveraineté, révision des mécanismes de financement et ambition d’influence mondiale. Cependant, l’Afrique devra arracher la place qui lui revient aux forceps : « Le monde est en train d’être réécrit. Le rôle de l’Afrique n’est plus de s’adapter aux règles établies par d’autres, mais d’aider à définir les règles de demain. L’influence géopolitique ne nous sera pas accordée ; elle doit être gagnée grâce à des institutions plus fortes, une intégration régionale plus profonde, un commerce résilient et le courage d’agir ensemble », a averti Ahunna Eziakonwa, directrice du Bureau régional du PNUD.





Côte d’Ivoire


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