Malgré les appels répétés à la diversification économique, l’Afrique reste largement tributaire de l’exportation de matières premières. Selon le dernier rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), publié le 21 juillet 2025, 46 des 54 pays africains sont considérés comme dépendants des produits de base tels que les hydrocarbures, les produits agricoles ou les minerais
Intitulé The State of Commodity Dependence 2025, le rapport définit cette dépendance par une part supérieure à 60 % des exportations totales de marchandises provenant de matières premières. Sur le continent, seuls neuf pays échappent à ce schéma : la Tunisie, le Maroc, l’Égypte, Djibouti, les Comores, Maurice, Eswatini et le Lesotho.
Les régions les plus exposées sont l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest, où tous les pays affichent un niveau de dépendance supérieur à ce seuil critique. L’intensité est particulièrement alarmante : 80 % des exportations de l’Afrique centrale et 75 % de celles de l’Afrique de l’Ouest proviennent des matières premières.
Près de la moitié des pays dépendants aux matières premières dans le monde sont africains
L’Afrique de l’Est n’est pas en reste, avec 15 des 18 pays de la région concernés (soit 83 %). Au total, 11 pays africains dépendent majoritairement des exportations énergétiques, 15 des produits agricoles et 20 des minerais.
Le rapport, basé sur les données de la période 2021-2023 comparées à celles de 2012-2014, révèle que près de la moitié des pays dépendants aux matières premières dans le monde sont africains (46,6 %). Des pays comme le Soudan du Sud, la Libye, le Tchad, l’Angola, le Soudan, la Somalie et l’Algérie atteignent des niveaux de dépendance vertigineux, dépassant les 96 %.
Entre 2012-2014 et 2021-2023, les exportations africaines de matières premières ont reculé de 5,6 %, en grande partie à cause d’une baisse des exportations énergétiques du Nigeria, de l’Angola et de l’Algérie. Résultat : les recettes issues de ces exportations ont chuté de plus de 25 milliards de dollarsUS, pour s’établir à 467 milliards sur la dernière période.
À l’échelle mondiale, la dépendance recule très légèrement : 103 pays étaient concernés entre 2021 et 2023, contre 106 lors de la décennie précédente. Toutefois, la gravité du phénomène persiste. Durant cette période, 73 pays – majoritairement situés en Afrique et en Amérique du Sud – ont vu les matières premières représenter plus de 80 % de leurs exportations.
Parmi les 143 pays en développement, 95 demeurent dépendants, contre seulement 8dans les économies dites développées.
Quelques signes d’amélioration existent toutefois : sept pays, dont les Comores, l’Indonésie ou encore Trinité-et-Tobago, sont parvenus à réduire leur dépendance sous la barre des 60 %. À l’inverse, quatre pays, parmi lesquels l’Afrique du Sud et l’Ukraine, ont basculé dans la dépendance au cours de la même période.
Sur le plan global, les matières premières ont représenté 32,7 % du commerce mondial de marchandises entre 2021 et 2023. L’Asie-Océanie en constitue le principal foyer, avec 37,1 % des exportations mondiales, devant l’Europe (33,7 %), les Amériques (22,7 %) et l’Afrique (6,6 %).
La Cnuced tire la sonnette d’alarme : sans stratégie claire de diversification et sans efforts pour transformer localement ces ressources, les pays producteurs risquent de passer à côté d’une opportunité historique de croissance durable.
Entre 2012-2014 et 2021-2023, les exportations africaines de matières premières ont reculé de 5,6 %, en grande partie à cause d’une baisse des exportations énergétiques du Nigeria, de l’Angola et de l’Algérie. Résultat : les recettes issues de ces exportations ont chuté de plus de 25 milliards de dollars US, pour s’établir à 467 milliards sur la dernière période


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