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Interview : Abderrahmane Berthé, Secrétaire général AFRAA

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Il pilote depuis 2018  l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA). En moins de trois ans, Abderrahmane Berthé a mené plusieurs chantiers pour cette organisation panafricaine. Il décrypte dans cette interview l’évolution du transport aérien africain.

“La crise du Covid-19 a certes impacté le transport aérien en Afrique, cependant les facteurs clés de succès demeurent”

AFRIMAG : Vous êtes le Secrétaire général de l’AFRAA, l’Association des compagnies aériennes africaines, quelles sont vos relations avec APG ?

Abderrahmane Berthé : J’assume la fonction de Secrétaire général de l’AFRAA depuis le 1er janvier 2018. J’ai connu APG bien avant lorsque j’étais Directeur général d’Air Mali et ensuite d’Air Burkina. APG joue un rôle très important pour notre industrie du transport aérien à travers les différents produits offerts.
APG a adhéré au programme de partenariat de l’AFRAA depuis 2015. Tout au long de ces années de partenariat nous avons beaucoup apprécié l’expertise et la disponibilité des équipes d’APG.

A votre avis quelles sont les principaux atouts du transport aérien africain ?

Le transport aérien joue un rôle important pour l’intégration économique et sociale du continent.

En 2018, l’aviation a contribué pour 2,7% au PIB du continent africain et 7,7 millions d’emplois. Son développement fait partie des projets pilotes de l’Union africaine. Les éléments porteurs pour le succès du transport aérien en Afrique sont notamment :

  • – Le taux de croissance élevé de la plupart des économies des Etats africains ;
  • – La jeunesse de la population et l’émergence progressive d’une classe intermédiaire de plus en plus dynamique ;
  • – La faiblesse des infrastructures terrestres sur un vaste continent qui donne un rôle plus important au transport aérien ;
  • – Les projets pilotes de l’Agenda 2063 de l‘Union africaine visant à créer un environnement favorable au développement du transport aérien : le MUTAA (Marché unique du transport aérien africain) ; la ZLECA (Zone de libre-échange continentale africaine) et le protocole de libre circulation des personnes.

Et quelles sont ses principales faiblesses ?

Malheureusement, il y a des faiblesses qui doivent être améliorées avec détermination. Certaines constituent un handicap important :

  • – Le coût élevé des opérations : taxes, charges, carburant … ;
  • – L’inadéquation des infrastructures ne permettant pas de fournir un service de qualité ;
  • – Le manque de ressources humaines qualifiées ;
  • – La difficulté d’accès aux financements nécessaires ;
  • – Le manque de coopération entre les compagnies aériennes africaines ;
  • – Le niveau faible de la connectivité intra-africaine.

Vous œuvrez depuis longtemps pour la libéralisation du transport aérien en Afrique. Comment expliquez-vous qu’elle soit si difficile à mettre en opération ?

Faisant face à la lenteur dans la mise en œuvre de la décision de Yamoussoukro, les Etats ont lancé le MUTAA (Marché unique du transport aérien africain) sous l’égide de l’Union africaine.

A ce jour 38 Etats sur 55 ont signé le MUTAA et 18 Etats ont signé le mémorandum de mise en œuvre s’engageant à mettre leurs accords de services aériens en conformité avec la décision de Yamoussoukro. La mise en œuvre du MUTAA s’appuie sur un plan exhaustif impliquant toutes les parties prenantes du secteur de l’aviation en Afrique.

S’il est vrai que la mise en œuvre est laborieuse, il faut reconnaitre que beaucoup de progrès ont été réalisés. Dans d’autres régions du monde nous avons vu le même phénomène. La libéralisation ne se fait pas en un jour. C’est un processus irréversible car tout le monde en reconnait les bénéfices attendus.

Certains états pensent protéger leur pavillon national en retardant la mise en œuvre de la libéralisation. Cela n’est pas une garantie de pérennité pour le transport aérien dans ces pays.

Nous devons commencer par nous assurer de la mise en œuvre par les 38 états signataires. Les autres états suivront tôt ou tard.

Il semble que les compagnies de l’est du continent africain soient plus développées que celles de l’ouest. Est-ce vrai et si oui pourquoi ? Et comment y remédier ?

Les compagnies de la zone Afrique de l’est bénéficient d’un environnement opérationnel plus favorable, d’un marché potentiel plus important en raison du nombre de population et d’un niveau de PIB par habitant plus élevé.

Cependant, on constate que la mise en œuvre du MUTAA est plus avancée en Afrique de l’Ouest et du Centre. Une plus forte coopération et même des consolidations dans cette région seront nécessaires pour voir émerger un écosystème de compagnies aériennes plus fortes.

Le NDC (New Distribution Capability) va être progressivement le standard de la distribution des compagnies aériennes. Il semble que les compagnies africaines ne soient pas vraiment prêtes pour ce nouveau challenge. Quelle est votre analyse ?

Le NDC est destiné à améliorer la capacité des compagnies aériennes à vendre et commercialiser leurs produits, faire des offres personnalisées de produits auxiliaires (comme les bagages supplémentaires, la présélection de sièges…). Il améliore la capacité de communication entre les compagnies aériennes et les agents de voyages.

Nous constatons que son adoption par les compagnies aériennes africaines est lente et n’est pas encore une priorité. Cependant le NDC devrait changer la donne pour les compagnies aériennes et les agents de voyages dans les décennies à venir. Sa mise en œuvre demande du temps et de l’engagement, mais les avantages justifient l’investissement.

Quelles sont vos relations avec IATA ?

Nous avons de très bonnes relations avec IATA. Nous avons signé un Mémorandum en juin 2018 et nous effectuons en commun des activités dans plusieurs domaines d’intérêt commun suivant un plan de travail annuel : plaidoyers en faveur des compagnes aériennes, formation, ateliers de sensibilisation, partage de données.

La relation avec IATA est importante pour l’AFRAA et nous continuerons à la renforcer dans les prochaines années.

Les compagnies aériennes et les agents de voyages ont eu beaucoup de mal à rembourser les billets pour les vols annulés pendant le Covid-19. Comment assurer, dans le futur, la protection de l’argent des clients qui sont amenés à acheter leurs billets très longtemps à l’avance pour bénéficier des meilleurs tarifs ?

Le Covid-19 est une crise sans précédent dans l’histoire du transport aérien. Elle a vite entrainé une forte tension de trésorerie au niveau de l’industrie. En raison des mesures de restrictions sur les voyages, les compagnies ne pouvaient plus assurer le contrat de transport avec leurs clients et ne pouvaient pas non plus les rembourser par manque de liquidité.

Plusieurs compagnies ont pris l’option de proposer des avoirs à leurs clients contre le gré de certains qui préféraient le remboursement en application du droit des passagers.

Cette situation vécue avec le Covid-19 doit inciter notre industrie à innover avec des outils et une législation améliorée pour sauvegarder les droits des passagers aériens en cas de nouvelle crise similaire dans le futur.

Comment voyez-vous l’avenir du transport aérien africain au cours des 5 prochaines années ?

Je reste optimiste. La crise du Covid-19 a certes impacté le transport aérien en Afrique, cependant les facteurs clés de succès demeurent.

La priorité est la vaccination de la population africaine et l’application des mesures barrières pour ramener la confiance. Le taux de vaccination est encore très bas par rapport à la moyenne mondiale.

Une fois que les restrictions sur les voyages seront levées le rétablissement de l’activité aérienne intra-africain sera très vite effectif.

Nous sommes actuellement à moins de 60% du niveau d’activité de l’année 2019. En s’adaptant aux contraintes créées par le Covid-19 et en repensant leur façon de faire les affaires, les compagnies aériennes sortiraient plus résilientes de la crise. Le Covid-19 impose aux compagnies de mettre en place de nouvelles stratégies pour réduire les coûts. L’AFRAA offre aux compagnies aériennes et à l’industrie dans son ensemble des activités de conseils et de soutien au renforcement des capacités.

Pour une reprise effective de l’industrie, les États devraient créer un environnement réglementaire favorable pour soutenir le développement durable du transport aérien. Au niveau des acteurs de l’industrie, nous devons adopter une approche collaborative pour résoudre les nouveaux défis auxquels notre industrie est confrontée.

Pensez-vous que le réseau APG puisse être utile aux compagnies africaines et si oui, de quelle manière ?

Les compagnies aériennes doivent être plus coopératives et innover dans le domaine de la distribution avec de nouveaux produits afin de maximiser les revenus.

Le réseau APG jouera certainement un rôle clé dans l’atteinte de ces objectifs. L’AFRAA est prête à renforcer davantage la relation avec APG pour atteindre ces objectifs.

Traditionnellement APG invite à Monaco les transporteurs aériens de la planète lors de l’APG World Connect. Y participerez-vous cette année encore ?

C’est une constante que l’AFRAA participe à l’APG World Connect à Monaco. Nous serons heureux de renouer cette année avec la tradition qui réunit les acteurs clés du transport aérien mondial.

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