À l’occasion de la 15ᵉ Grande Commission mixte de coopération, le Maroc et le Sénégal ont affiché à Rabat une volonté commune de franchir un nouveau cap dans leur partenariat stratégique. Diplomatie, économie, industrie, agriculture, enseignement supérieur : les deux pays entendent transformer leur proximité historique en levier structurant pour le développement du continent africain.

C’est dans un climat de forte convergence politique que le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a reçu lundi 26 janvier à Rabat son homologue sénégalais, Ousmane Sonko, en visite de travail dans le Royaume. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des travaux de la 15ᵉ Grande Commission mixte de coopération Maroc–Sénégal, un rendez-vous clé pour baliser l’avenir des relations bilatérales.
Les deux parties ont réaffirmé leur attachement à porter la coopération entre Rabat et Dakar à des niveaux multidimensionnels, conformément à la volonté exprimée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye. Un alignement politique qui traduit la solidité d’un partenariat bâti sur la durée et nourri par des liens humains, spirituels et économiques profonds.
Fraternité, solidarité et vision africaine partagée

Au cœur des échanges, l’esprit de fraternité et de solidarité au service du continent africain a été largement mis en avant. Les deux responsables ont souligné la fidélité du Maroc et du Sénégal aux valeurs de respect et de coopération Sud-Sud, saluant au passage le rôle déterminant des communautés marocaine installée au Sénégal et sénégalaise établie au Maroc.
Aziz Akhannouch a rappelé que ces liens se reflètent notamment à travers les huit visites effectuées par le Souverain marocain au Sénégal, témoignant d’une relation singulière et constante. Il a également mis en exergue le rôle pivot du Sénégal dans les initiatives royales en faveur du développement du continent, en particulier l’Initiative Royale pour l’Afrique Atlantique, destinée à faciliter l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique.
Industrie et commerce : vers une nouvelle feuille de route ambitieuse
La coopération économique a constitué l’un des piliers centraux de cette séquence diplomatique. À cet égard, les entretiens entre le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, et son homologue sénégalais, Serigne Gueye Diop, ont permis de jeter les bases d’une nouvelle feuille de route industrielle et commerciale.
Normalisation, zones industrielles, renforcement des capacités, fiscalité des investissements : les discussions ont couvert un large spectre, dans un contexte marqué par l’entrée du Sénégal dans une nouvelle ère économique, portée par l’exploitation des hydrocarbures, le développement de zones agro-industrielles et la création de zones économiques spéciales.
Le Sénégal a clairement affiché sa volonté de s’inspirer de l’expérience marocaine, notamment en matière d’infrastructures industrielles, d’accompagnement des entreprises, de formation et de mise à niveau. Un accent particulier a été mis sur les PME, qui représentent 97 % du tissu économique sénégalais, avec des projets d’accords entre les agences dédiées des deux pays.
Phosphates, intégration industrielle et coopération Sud-Sud
Parmi les secteurs stratégiques évoqués figure celui des phosphates. Dakar a exprimé un intérêt marqué pour le modèle marocain de valorisation de cette ressource, avec des visites de terrain prévues, notamment au sein du groupe OCP. L’objectif est clair : bâtir des chaînes de valeur industrielles intégrées et génératrices de valeur ajoutée locale.
Ryad Mezzour a souligné que cette dynamique s’inscrit pleinement dans les Hautes orientations royales, mettant en avant la vision atlantique portée par le Royaume et la nécessité de renforcer l’intégration industrielle africaine dans une logique de complémentarité.
Enseignement supérieur et recherche : investir dans le capital humain
La coopération ne se limite pas aux sphères économiques. L’enseignement supérieur, la recherche scientifique et l’innovation occupent une place stratégique dans le partenariat maroco-sénégalais. Les échanges entre Azzedine El Midaoui et Daouda Ngom ont confirmé la volonté des deux pays de renforcer la mobilité académique et les partenariats entre universités et centres de recherche.
Les chiffres illustrent cette dynamique : près de 702 étudiants marocains poursuivent leurs études au Sénégal, tandis que 1639 étudiants sénégalais sont inscrits dans les établissements marocains. Un flux académique qui reflète la profondeur des relations bilatérales et l’attractivité croissante du Maroc en matière de formation.
Le Sénégal ambitionne par ailleurs de tirer profit de l’expérience marocaine dans les domaines des écoles d’ingénieurs, des classes préparatoires et de la recherche appliquée, afin de renforcer son capital humain.
Agriculture et agro-industrie : un modèle marocain convoité
Autre axe majeur de coopération : l’agriculture et l’agro-industrie. Le ministre sénégalais Mabouba Diagne n’a pas tari d’éloges sur le modèle marocain, qualifié de référence continentale. Chaînes de valeur intégrées, performance agricole, agro-industrie structurée : l’expérience du Royaume est perçue comme une source d’inspiration directe.
Face à une facture annuelle d’importations alimentaires dépassant 1,6 milliard de dollars, le Sénégal voit dans la coopération avec le Maroc une opportunité stratégique. L’appel est clair : attirer le secteur privé marocain pour investir au Sénégal, dans un contexte marqué par la disponibilité de l’eau et de vastes terres arables, avec l’appui d’un secteur bancaire marocain déjà bien implanté.
De son côté, Ahmed El Bouari a réaffirmé l’engagement du Maroc à accompagner le développement agricole sénégalais, dans une logique de partenariat gagnant-gagnant et de sécurité alimentaire partagée.
Une coopération appelée à changer d’échelle
Au-delà des annonces sectorielles, la 15ᵉ Grande Commission mixte Maroc–Sénégal marque une volonté politique assumée de changer d’échelle. Agriculture, énergie, commerce, numérique, industrie, formation : les deux pays entendent structurer des projets concrets, capables de produire des effets durables.
Dans un contexte africain en pleine recomposition économique et géopolitique, Rabat et Dakar semblent déterminés à faire de leur alliance un pilier de l’intégration régionale et du développement du continent. Une ambition partagée, portée par une relation historique désormais tournée vers l’avenir.





Maroc





