Selon l'Organisation Internationale du Cacao (ICCO), l’industrie chocolatière mondiale a généré un chiffre d’affaires de plus de 115 milliards de dollars US en 2022. Or, les pays producteurs n’en perçoivent que 6%, et les cultivateurs 2%.
Le philosophe et historien américain Will Durant affirme qu’« Une grande civilisation ne se conquiert de l’extérieur que si elle s’est détruite de l’intérieur.»
L’Afrique fournit plus de 70 % de la production mondiale de l’or brun. Un peu plus d’un tiers de la récolte mondiale annuelle de cacao est moulue en Europe. A titre de comparaison, les Pays-Bas, transforme 12 % de la récolte mondiale et la Suisse 1%
Benoist Mallet Di Bento
Consultant IC- Intelligence Culturelle
Depuis 2013, les marchés émergents, principalement la Chine, jouent également un rôle important dans l’évolution de la demande mondiale, la production de cacao n’a cessé d’augmenter au cours des 40 dernières années, et jusqu’à 95 % des fèves de cacao sont négociés sur les marchés de Londres et d’Atlanta. Ces deux places financières appartiennent à des pays ne produisant un gramme de fève de cacao.
Selon l’Organisation Internationale du Cacao (ICCO), l’industrie chocolatière mondiale a généré un chiffre d’affaires de plus de 115 milliards de dollars US en 2022. Or, les pays producteurs n’en perçoivent que 6%, et les cultivateurs 2%.
L’impact négatif des cultures industrielles sur les forêts en Côte d’Ivoire
Financée par le Département du Travail des États-Unis d’Amérique et dirigée par le NORC de l’Université de Chicago, ICCO a publié une étude en 2020, qui indique que 1,56 million d’enfants travaillent dans les deux principaux pays producteurs de cacao, le Ghana et la Côte d’Ivoire.
Selon le Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD), un organisme français, l’état des forêts en Côte d’Ivoire est tellement dégradé par les cultures industrielles, principalement cacaoyères, que la superficie forestière est passée de 7,85 millions d’hectares en 1986 à 2,97 millions d’hectares en 2020.
Non seulement l’état des écosystèmes forestiers et de la faune sauvage est alarmant, mais le patrimoine et le matrimoine matériel et immatériel des peuples de la Côte d’Ivoire sont en détresse. Avec en toile de fond, un continent pâtissant de manière disproportionnée au changement climatique qui pèse de plus en plus lourd, pour lequel les mesures indispensables d’adaptation représentent pour l’Afrique des coûts disproportionnés selon l’Organisation de Météorologie Mondiale (OMM). Véritable injustice pour un continent qui émet à peine 4 % des émissions mondiales de Gaz à Effet de Serre (GES).
Quand les pays industrialisés sont les premiers consommateurs de chocolat industriel et engrangent des milliards de dollars de bénéfices, c’est tout un environnement d’opportunités dans lequel l’Afrique est perdante.
D’après différents experts du Centre d’Études et de Prospective du Ministère de l’Agriculture et de Souveraineté Alimentaire, cet environnement expose l’Afrique à «une substitution des produits nationaux ou régionaux par des produits importés ; à un accroissement de la dépendance alimentaire de l’Afrique vis-à-vis des marchés mondiaux ; à une détérioration de sa sécurité alimentaire, et à la baisse des revenus ruraux ; à une perte d’autonomie politique des États pour mettre en œuvre des politiques de soutien à l’agriculture et aux filières agroalimentaires régionales. De plus, les importations tirent les prix des produits agricoles et agroalimentaires à la baisse, ce qui pourrait être bénéfique pour le consommateur, mais se répercute sur les produits régionaux et, in fine, sur les revenus des agriculteurs. Cette baisse de prix fragilise les filières locales et limite leur développement.»
Une francophonie agroalimentaire souveraine ?
La France pourrait mobiliser et se faire accompagner des 19, des 27 pays membres de l’Union européenne, eux-mêmes membres ou membres observateurs de l’Organisation Internationale de la Francophonie OIF pour proposer une politique coopérative, renforcée d’appuis techniques et financiers pour le développement de filières nationales africaines répondant à des enjeux locaux et d’agriculture familiale. De plus, les 20 pays de l’UE, ayant en partage à un degré variable la langue française, pourraient s’assurer que des politiques de coopérations solidaires soient conçues en fonction des besoins régionaux et non pas en fonction des objectifs de croissance de ses exportations agroalimentaires. Par ailleurs, le continent africain devra chercher à recueillir plus de valeur ajoutée dans le produit final. Ainsi il pourra escompter 30% de la valeur finale au lieu des 6% qu’il obtient actuellement. Pour cela les pays africains doivent rendre les investissements étrangers sûrs et conserver un niveau d’exigence.
Par une francophonie agroalimentaire, la langue française deviendrait à nouveau un «sens commun» au sein de l’Union européenne et un «bien vivre-ensemble» entre l’Europe et l’Afrique.
Le chocolat dans la ligne de mire de la littérature
Chocolaté
Pour francetvinfo, le romancier camerounais Samy Manga décortique le système pernicieux qui fait de la culture du cacao, à l’origine du chocolat tant apprécié en Occident, un piège parfois mortel pour les agriculteurs qui en vivent en Afrique.
Samy Manga, finaliste de la 22e édition du Prix littéraire des 5 continents de l’Organisation Internationale de Francophonie. Le succès médiatique de Chocolaté aux Éditions Éco société établies à Montréal puis de Choco trauma aux Éditions La Croisée des chemins à Casablanca ne se dément pas. Les grands médias nationaux de Belgique, du Cameroun, du Canada, de France, du Maroc, de Suisse… Tel un griot, dépositaire de la tradition africaine, Samy Manga, séduit le lecteur par son style autobiographique, éco-poétique, engagé et documenté.
Sous forme de nouvelles poétiques, l’auteur retrace le parcours d’Abéna, «enfant écorce» (nom d’un rituel pratiqué chez le peuple Bëti) de la forêt native du Cameroun. Il travaille avec son grand-père dans les plantations de cacao. On le voit prendre conscience de la pauvreté des petits producteurs, de la corruption des politiciens locaux, de la dépendance aux multinationales et des conséquences floues de cette culture sur l’environnement et ses répercussions indéterminable sur la santé de l’homme.
Vers une déchocolatisation ?
Plus de la moitié de l’industrie chocolatière est concentrée aux Etats-Unis d’Amérique
Le chocolat industriel contribue à des problèmes de santé tels que l’obésité, le diabète de type 2 et les maladies cardiaques. De nombreux chocolats industriels contiennent des additifs alimentaires, de plus, le cacao utilisé dans le chocolat industriel est exposé à des pesticides et à d’autres produits chimiques nocifs utilisés dans l’agriculture intensive.
Le Musée Ethnographique de Genève (MEG) conscient des enjeux sociétaux et sanitaire a invité Samy Manga à animer des ateliers «Mémoire chocolaté» ceci pour conscientiser les enfants, les parents suisses à une «déchocolatisation(addiction)», et ses conséquences sur le consommateur où comme à Montréal, la chocolaterie Amango tenue par un couple d’ivoirien, anciens travailleurs du cacao, qui ont voulu améliorer le sort de ceux qui sont restés en Côte d’Ivoire «Plus on grossit (notre chocolaterie), plus les gens ont le goût de travailler avec nous, on espère que d’ici 2026, on pourra avoir un impact sur 5000 producteurs en Côte d’Ivoire.»
Le livre Choco trauma témoigne des indicibles ravages de l’économie apatride de l’or brun sur le continent africain et Samy Manga de témoigner avec inspiration et tendresse «On doit vivre ensemble ou mourir ensemble. Tout est voué à changer.»
Oui, pour une francophonie alimentaire souveraine !
« Choco trauma », 155 pages. Collection « Sembura », Éditions La Croisée des Chemins منشورات ملتقى الطرق Casablanca. Prix public : 85 DH. Ouvrage disponible en vente dans toutes les bonnes librairies du Maroc et dans toute l’Afrique francophone.