Accusé de dérive néolibérale et de brader les actifs publics, l’ANC se défend. Devant ses cadres, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a rejeté toute idée de privatisation, affirmant que le recours au secteur privé s’inscrit dans une stratégie encadrée, temporaire et au service de l’intérêt public.
Face aux membres du Comité exécutif national de l’ANC réunis ce week-end en Lekgotla, Cyril Ramaphosa a tenu à clarifier la ligne de son parti. Ces derniers mois, des critiques se sont intensifiées au sein même du mouvement, accusant la direction d’avoir tourné le dos à ses principes historiques au profit d’une gouvernance qualifiée de «néolibérale.»
«On nous accuse, parfois à voix basse dans les couloirs de notre propre mouvement, d’être devenus si néolibéraux que nous privatisons les actifs de l’État,» a reconnu le président de l’ANC. Avant de trancher nettement : «c’est faux. Nous ne privatisons rien.»
Partenariats, pas privatisations
Pour Cyril Ramaphosa, le malentendu repose sur la confusion entre privatisation et partenariats public-privé. Il a rappelé que l’État sud-africain avait déjà recours à ce type de mécanismes, notamment pour la construction et l’exploitation des autoroutes N3 et N4.
«Nous faisons simplement appel à des partenaires qui disposent de capitaux, comme nous l’avons fait pour ces routes,» a-t-il expliqué. Selon lui, les accords de concession conclus avec le secteur privé sont par nature temporaires : à leur terme, la gestion et la pleine responsabilité des infrastructures reviennent à l’État.
«Ces routes n’ont jamais été privatisées. Elles appartiennent au peuple sud-africain,» a-t-il insisté.
Eskom, Transnet et le modèle «construire, exploiter, transférer»
Le chef de l’État a indiqué que des schémas similaires étaient désormais appliqués à des entreprises publiques en difficulté, telles qu’Eskom et Transnet. Le principe, résume-t-il, est clair : « construire, exploiter, puis transférer » à l’État.
Objectif affiché : attirer des investissements massifs dans des secteurs clés comme l’électricité, le rail et la logistique, tout en maintenant les infrastructures stratégiques sous contrôle public et sous une régulation stricte.
Emploi et transformation économique en ligne de mire
Cyril Ramaphosa a également défendu l’impact économique et social de cette approche. Selon lui, l’afflux de capitaux privés doit servir de levier pour renforcer les capacités industrielles locales.
«Nous avons convenu, en tant qu’ANC, d’utiliser ces investissements pour soutenir les fournisseurs locaux, développer les industries de la construction et offrir des opportunités aux entreprises dirigées par des Noirs, des femmes et des jeunes,» a-t-il déclaré, promettant à la clé des emplois «durables.»
Mashatile assume un discours plus décomplexé
Cette position s’inscrit dans une ligne déjà assumée publiquement par le vice-président Paul Mashatile. En 2024, celui-ci expliquait au Financial Times que l’ANC ne considérait plus la privatisation comme un tabou.
«La privatisation n’est pas un gros mot,»affirmait-il alors, soulignant que le recours au secteur privé ne signifiait pas un reniement idéologique, mais une adaptation aux réalités économiques.
Ce virage pragmatique continue toutefois de susciter de vives tensions. Le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) et le Parti communiste sud-africain (SACP), alliés historiques de l’ANC, y voient une trahison des idéaux de la Révolution démocratique nationale.
Un document de politique générale publié par l’ANC en 2012 rappelait pourtant l’évolution progressive de la position du parti. Initialement farouchement opposé à toute vente d’actifs publics, l’ANC considérait la privatisation comme une manœuvre visant à maintenir le contrôle économique entre les mains d’une minorité blanche.
De l’idéologie à la contrainte budgétaire
Dès 1994, le gouvernement d’union nationale a cependant reconnu la nécessité de privatiser certaines entreprises publiques. De petites entités ont été entièrement cédées, tandis que des groupes stratégiques comme Telkom ou South African Airways ont ouvert une partie de leur capital à des investisseurs privés.
«La principale raison de ce revirement était l’héritage d’un État au bord de la faillite,»rappelle le document. Trente ans plus tard, l’ANC se retrouve à nouveau confronté au même dilemme : préserver son héritage politique tout en trouvant les moyens financiers de relancer une économie sous pression.





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