Le colonel Doumbouya imprime sa marque
L’audiovisuel public guinéen renaîtrat-il de ses cendres ? La question est au cœur de la stratégie de la refonte des médias d’Etat notamment. Après avoir occupé une place de choix au milieu des années 1970-1980, l’avenir de ce secteur est grandement menacé.
A charge à la ministre de l’Information et de la Communication, Mme Aminata Kaba, et de ses équipes de renflouer la presse et les médias guinéens de manière générale. Remède.
AFRIMAG : Quelles sont les réformes engagées pour les médias d’Etat ?
Aminata Kaba : Les premières d’entre elles sont destinées à créer un environnement institutionnel cohérent. Il s’agit donc de réformes visant surtout à pallier le dysfonctionnement systémique qui empêchait les structures d’atteindre les objectifs qui leur sont assignés. De ce fait, la révision du décret portant attributions, organisation et fonctionnement du ministère a permis d’intégrer les nouvelles structures de création récente et de préciser le mode de fonctionnement de certaines structures en les adaptant au contexte socio-politique actuel du pays. Des dispositions, parfois sources de conflits d’attribution entre le département et des institutions nationales, ont été révisées.
Les textes organiques des organismes et structures du département qui n’en avaient pas ont été élaborés et validés avec le concours du ministère de la Fonction publique. Ainsi, ont été publiés les décrets fixant les statuts de l’Agence Guinéenne de Presse et du Fonds d’Appui au Développement des Médias. Les textes organiques des Directions Nationales et Générales comme la Direction Nationale des Services de Diffusion, la Direction Nationale de la Communication et des Relations avec les Médias Privés, le Bureau de Stratégie et de Développement, la Direction générale du Centre de Formation et des Perfectionnement, l’Inspection Générale ont également été validés. Les textes organiques des médias publics comme la RTG, le Journal Horoya, la Radio Rurale de Guinée sont à l’étude. Il faut noter par ailleurs la création des directions régionales du ministère qui rapprochent les médias des cibles.
D’autres réformes portent aussi sur les contenus des messages collectés, traités et diffusés. Une commission de spécialistes travaille actuellement sur les grilles de programmes de la radiodiffusion nationale, de la télévision nationale, de la radio rurale ainsi que les contenus du journal Horoya. Un mécanisme d’évaluation de l’audience et des besoins en information des cibles est également envisagé dans le PAO 2023. Le mécanisme de collecte des informations notamment à l’intérieur du pays par les correspondants de l’Agence Guinéenne de Presse et les envoyés de la RTG ont été renforcés.
Sur le plan des infrastructures, des projets sont en chantier notamment de rénovation et d’extension de (4) stations de la Radio Rurale de Guinée ; l’achèvement et l’extension du siège du Ministère à Koloma ; la rénovation et l’équipement du siège de Horoya ; le renforcement des sites de diffusion à l’intérieur du pays par l’achat d’émetteur, la fourniture en énergie photovoltaïque et la protection des équipements ; la réhabilitation et l’équipement de la RTG 2 Boulbinet ; la création de la télévision thématique, entre autres.
AFRIMAG : Quel sens donner au coup de pouce de l’Etat par l’augmentation de la subvention à la presse privée et la création des maisons de la presse ?
Aminata Kaba : Nous avons hautement apprécié le geste du Chef de l’État. Il est symbolique et est l’expression de son engagement de doter la presse publique et privée de notre pays d’espaces de concertation pour l’exercice de la profession. Par ce geste, il réaffirme son attachement au principe de la liberté de la presse, la reconnaissance de la place et du rôle des journalistes dans la refondation de l’État qui constitue l’axe principal de sa vision. Ces maisons de la presse sont des symboles de l’unité de la presse, des médias publics et privés assumant tous une mission de service public au service des populations-cibles. C’est aussi un rappel à la responsabilité sociale des journalistes investis de la charge d’informer, éclairer l’opinion publique en assumant la mission de garant de la morale, en promouvant les valeurs positives au sein de la société. L’augmentation de la subvention annuelle à la presse s’inscrit dans la même logique. La faiblesse des ressources matérielles et financière peut être fortement préjudiciable au fonctionnement des médias et à l’indépendance des journalistes. Elle impacte négativement l’exercice de la profession en réduisant les capacités de collecte et de traitement des informations des journalistes et exposant les journalistes à tous les types de corruption et d’impact négatif sur les lignes éditoriales.
AFRIMAG : Où en est-on du passage au numérique de la radio et télévision guinéennes ?
Aminata Kaba : La Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO, la Banque Populaire d’Investissement-France et le Trésor public français ont déjà procédé à une réservation dans le cadre du financement du projet de numérisation de la radio et de la télévision en Guinée. A l’occasion des journées de la Guinée, en marge de Dubaï expo 2020, le seul projet du Ministère de l’Information et de la Communication retenu au titre des projets à présenter au GUIF 2022 est celui de la transition vers le numérique de la radio et de la télévision. Il a donc fait partie des projets ayant mobilisé une forte volonté de financement. Le 3 février 2022, j’ai conduit une délégation du ministère à Paris où j’ai rencontré les dirigeants de France Média Monde, Canal+ International, INA, TV5 Monde et Thomson Broadcast.
Le 2 mars suivant, une forte délégation de Thomson Broadcast conduite par son Président et moi-même avons procédé à la signature du contrat commercial encadrant l’exécution de ce projet de numérisation.
En juillet 2022, une équipe composée du Coordinateur général du projet de numérisation, Directeur National des Services de Diffusion, du responsable technique du projet TNT – Guinée, un ingénieur de la DNSD, un cadre du BSD – MIC, un agent technique DNSD et un pylôniste a effectué une mission à l’intérieur du pays pour faire un état des lieux de l’ensemble du réseau de transport et de diffusion de la RTG et des 15 sites retenus dans le projet TNT pour l’implantation des sites de diffusion et les 5 stations régionales de production radio et TV. Pour couronner le tout, la convention de financement a été signée le 31 janvier 2023 entre le Ministère de l’Economie et des Finances et l’État français représenté par son ambassadeur à Conakry.
AFRIMAG : Qu’est-ce que votre département envisage pour la couverture des différentes élections prévues dans le chronogramme de la transition ?
Aminata Kaba : Des réflexions sont en cours pour l’élaboration d’un cadre conceptuel sur la couverture des élections prévues dans le chronogramme de la Transition. Des programmes d’information et de sensibilisation des populations sur les enjeux et le processus électoral seront mis en place pour des élections apaisées, sans violence. Ces activités d’éducation seront menées par tous les médias et sur une période relativement longue. Elles s’adressent aux électeurs et les potentiels candidats et vulgarisent les normes de comportement exigibles en ces périodes sensibles. Un programme de formation des journalistes en communication sur les élections sera exécuté en collaboration avec toutes les institutions impliquées dans le processus électoral. Il en sera de même pour la couverture des campagnes électorales.
AFRIMAG : A quel niveau de responsabilités votre département est impliqué dans le cadre du Branding National ?
Aminata Kaba : À ce jour, nous attendons la rencontre officielle avec l’équipe de coordination pour qu’on détermine ensemble le niveau d’implication de notre département.





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