Au premier semestre 2026, les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont franchi un nouveau cap, dépassant les 200 milliards de dollars. Derrière cette performance record se cache toutefois une réalité moins reluisante : le déficit commercial du continent avec son premier partenaire commercial continue de se creuser, révélant la persistance de déséquilibres structurels que les mesures tarifaires de Pékin peinent encore à corriger.
Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont atteint 203,54 milliards de dollars au cours des six premiers mois de 2026, soit une progression de 24 % par rapport à la même période de l’année précédente, selon les données publiées le 15 juillet par l’Administration générale des douanes chinoises.
Cette dynamique repose principalement sur la forte progression des exportations chinoises vers le continent, mais également sur une hausse soutenue des ventes africaines au géant asiatique.
Entre janvier et juin 2026, les exportations de la Chine vers l’Afrique ont bondi de 26,2 %, pour s’établir à 130,01 milliards de dollars. Dans le même temps, les importations chinoises en provenance du continent ont progressé de 20,3 %, atteignant 73,53 milliards de dollars.
Conséquence directe : le déficit commercial africain vis-à-vis de Pékin s’est encore accentué, pour atteindre 56,48 milliards de dollars sur le semestre.
La guerre commerciale avec Washington redessine les flux
L’accélération des exportations chinoises vers l’Afrique intervient dans un contexte international marqué par le durcissement des barrières douanières américaines contre les produits chinois. Face à la contraction de ses débouchés sur le marché américain, Pékin intensifie sa stratégie de diversification commerciale en direction des économies émergentes, au premier rang desquelles figure l’Afrique.
La progression des importations chinoises depuis le continent s’explique, quant à elle, davantage par la remontée des cours des matières premières — pétrole, minerais et métaux notamment — que par les récentes mesures d’ouverture commerciale prises par les autorités chinoises.
Le « zéro tarif » chinois, un impact encore limité
Depuis le 1er mai 2026, la Chine applique une exemption totale des droits de douane sur les importations en provenance des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Seul l’Eswatini, dernier allié diplomatique de Taïwan sur le continent, reste exclu de ce dispositif.
Toutefois, les effets de cette mesure demeurent pour l’instant limités. Son entrée en vigueur est récente et, surtout, une large partie des exportations africaines bénéficiait déjà d’un accès préférentiel au marché chinois.
Depuis décembre 2024, les 33 pays africains classés parmi les pays les moins avancés (PMA) profitaient déjà d’un accès en franchise de droits à l’ensemble du marché chinois. Selon les données d’UN Comtrade, 94,5 % des exportations africaines vers la Chine entraient déjà sans droits de douane avant l’extension du dispositif.
Un déséquilibre commercial profondément structurel
Au-delà des politiques tarifaires, le déséquilibre des échanges sino-africains demeure avant tout lié à leur structure.
Les exportations africaines vers la Chine restent largement concentrées sur des produits à faible valeur ajoutée — hydrocarbures, minerais, métaux et produits agricoles — tandis que les importations en provenance de l’empire du Milieu sont essentiellement composées de biens manufacturés à forte valeur technologique : machines industrielles, équipements électroniques, véhicules et technologies vertes.
Cette spécialisation asymétrique alimente depuis plusieurs années un déficit commercial chronique et nourrit les critiques de nombreux économistes, qui estiment que la relation commerciale actuelle profite davantage à l’industrie chinoise qu’au développement industriel africain.
Le risque de tensions commerciales grandit
Dans un rapport publié en décembre 2025, Oxford Economics mettait déjà en garde contre les conséquences d’une nouvelle poussée des exportations chinoises vers le continent.
Selon le cabinet de conseil, un afflux croissant de produits manufacturés chinois pourrait pousser plusieurs États africains à adopter des mesures de défense commerciale, notamment des droits antidumping, des quotas d’importation ou encore des politiques industrielles favorisant la production locale.
Consciente de ce risque, Pékin multiplie depuis plusieurs années les initiatives destinées à faciliter l’accès des produits africains à son marché.
Après avoir supprimé les droits de douane sur 98 % des produits importés de 21 pays africains en 2023 et 2024, puis instauré un accès totalement libre aux exportations des PMA africains à partir de décembre 2024, la Chine a généralisé le dispositif à l’ensemble de ses partenaires africains depuis mai 2026.
L’enjeu dépasse les droits de douane
Pour autant, de nombreux experts estiment que ces concessions tarifaires ne suffiront pas à rééquilibrer durablement les échanges.
Le principal obstacle réside moins dans les barrières douanières que dans la faiblesse des capacités industrielles africaines et le manque de transformation locale des ressources naturelles.
Dans un récent rapport, la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) souligne que le continent ne pourra pleinement tirer profit de l’ouverture du marché chinois qu’à condition d’engager des réformes structurelles ambitieuses.
L’institution préconise notamment le développement de chaînes de valeur régionales dans l’agro-industrie, l’industrie légère et la transformation minière, le renforcement des infrastructures logistiques — zones industrielles portuaires, corridors ferroviaires, ports secs ou plateformes frigorifiques — ainsi qu’une meilleure adaptation de l’offre africaine aux nouvelles attentes des consommateurs chinois. Elle recommande également de renforcer les instruments de financement du commerce, notamment l’assurance-crédit à l’exportation et les prêts commerciaux libellés en yuan.
À défaut de ces transformations, préviennent plusieurs analystes, la spectaculaire progression des échanges sino-africains risque de continuer à masquer une réalité inchangée : celle d’une relation commerciale toujours dominée par l’exportation de matières premières africaines contre des produits manufacturés chinois à forte valeur ajoutée.





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