Mohammed VI, 26 ans de règne. Un Maroc tourné vers l'Afrique et l'avenir.
Le 6 novembre 2023, à l’occasion du 48e anniversaire de la Marche verte, le Roi Mohammed VI levait le voile sur une initiative majeure : la création d’un espace africain atlantique intégré et solidaire, regroupant 23 pays riverains du littoral. Une vision stratégique inédite, portée par la conviction que l’avenir du continent se joue aussi sur ses côtes ouest, longtemps reléguées aux marges des dynamiques mondiales. À travers ce projet géostratégique, le Souverain appelle à la création d’un espace africain intégré, solidaire et coopératif. Cette approche s’inscrit dans la continuité de la doctrine marocaine en matière de diplomatie africaine : faire de l’Afrique un pôle de stabilité, d’opportunités partagées et de souveraineté collective.
Dans un monde fracturé, où les crises géopolitiques, économiques, sécuritaires et climatiques frappent plus durement les pays du Sud, le Maroc propose une autre voie : une réponse africaine par les Africains eux-mêmes. L’Atlantique africain, longtemps considéré comme périphérique, devient dans cette perspective, un espace de convergence, de souveraineté partagée et de renouveau économique, bien que confronté encore à des défis systémiques de développement, de sécurité et de connectivité. S’étendant du Maroc à l’Angola, la façade atlantique de l’Afrique représente plus de 7000 km de côtes. Une bande géostratégique sous-exploitée, freinée par des infrastructures fragmentées, un déficit de connectivité énergétique et une insécurité maritime persistante, notamment dans le Golfe de Guinée.

Un espace aux immenses potentialités
L’Initiative royale vise donc à rompre avec cette inertie, en posant les bases d’un espace régional structuré autour de trois piliers : développement, sécurité et coopération Sud-Sud. Dans son discours, le Roi Mohammed VI a tracé les contours d’un projet ambitieux: «jeter les bases d’un cadre géopolitique et géoéconomique visant à valoriser les potentialités de cette façade maritime, à renforcer les synergies régionales et à stimuler l’investissement commun.» Un programme qui embrasse à la fois les infrastructures, l’économie bleue, la logistique, la connectivité énergétique et la protection de l’environnement.
Une diplomatie du rassemblement
L’Initiative Royale a été accueillie avec intérêt par nombre de pays africains concernés. Elle se veut inclusive, respectueuse de la souveraineté des Etats et fondée sur une logique de coordination intergouvernementale et de mutualisation des projets. Le Maroc, loin d’une posture dominante, se positionne en catalyseur, mettant à disposition ses infrastructures (comme Tanger Med, Nador West Med, Jorf Lasfar), son savoir-faire logistique et son expérience en matière de coopération triangulaire.
Cette vision s’inscrit aussi dans une dynamique plus large : le repositionnement de l’Afrique dans les grandes routes maritimes et énergétiques mondiales. Alors que les tensions géopolitiques se multiplient dans des zones clés comme la mer Rouge ou le détroit d’Ormuz, l’Atlantique africain s’affirme comme un couloir stratégique alternatif pour les échanges globaux. Le Maroc propose ainsi de repenser les circuits commerciaux intra-africains et d’attirer les investissements directs étrangers dans des régions longtemps oubliées.
Une articulation énergétique et logistique en construction
L’Initiative Royale ne se limite pas à une déclaration d’intention : elle s’ancre dans des projets concrets, à commencer par le gazoduc Nigeria-Maroc, véritable épine dorsale énergétique traversant 13 pays sur près de 6000 km. Objectif : fournir du gaz à des millions de foyers, tout en renforçant l’intégration énergétique régionale. De même, le développement d’une infrastructure portuaire intégrée, le triptyque Tanger Med – Dakhla Atlantique – Nador West Med, combiné à un réseau autoroutier transcontinental, fait du Maroc la plateforme de transit entre l’Afrique de l’Ouest, l’Europe et les Amériques.
Au cœur de cette architecture, la question de la sécurité maritime est aussi centrale. Le Maroc plaide pour une coopération accrue entre marines africaines, le renforcement de la surveillance côtière, la lutte contre la piraterie, les trafics illicites et la pêche illégale, qui affectent durement les économies locales et les ressources halieutiques.
Vers une gouvernance partagée
Pour porter ses fruits, l’Initiative devra reposer sur une gouvernance souple mais inclusive et pragmatique. À terme, elle pourrait déboucher sur la création d’un Forum africain de l’Atlantique, espace permanent de concertation entre Etats, acteurs privés, bailleurs et institutions internationales.
Mais au-delà des Etats, le Maroc mise sur les forces vives : diplomatie économique, culturelle et environnementale, partenariats entre think tanks, universités, entreprises, ONG. Car ce sont les échanges d’idées, la circulation des talents et l’ancrage des savoir-faire qui feront exister cet espace atlantique africain dans la durée.
L’Initiative Royale pour l’Atlantique africain s’inscrit dans une vision de long terme : celle d’une Afrique qui prend l’initiative, crée ses propres leviers de puissance, et s’inscrit pleinement dans les flux du XXIe siècle. En lançant ce chantier stratégique, le Maroc affirme son rôle de trait d’union, de force d’entrainement et de partenaire crédible pour une Afrique plus intégrée. Cette nouvelle architecture atlantique, invite à penser autrement les alliances régionales et à replacer l’Afrique au cœur des cartes du monde.





Maroc
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