Mohammed VI, 26 ans de règne. Un Maroc tourné vers l'Afrique et l'avenir.
D’abord perçu comme un rêve d’intégration panafricaine, le gazoduc Nigeria-Maroc s’impose aujourd’hui comme l’un des projets énergétiques les plus ambitieux du continent. Lancée en 2016 par le Roi Mohammed VI et feu, le Président nigérian Muhammadu Buhari, cette initiative géostratégique vise à connecter les gisements du Delta du Niger aux marchés d’Afrique du Nord et d’Europe, en longeant toute la façade atlantique du continent. Plus qu’un pipeline, un corridor de co-développement.
Près de 6000 kilomètres, 13 pays traversés, un potentiel d’alimentation pour des millions de foyers est d’une ampleur technique et politique hors norme. Conçu pour longer la côte atlantique, il reliera, le Nigeria, le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie, le Sénégal, la Mauritanie et le Maroc. Il pourrait à terme, se connecter au Gazoduc Maghreb-Europe, créant ainsi une passerelle directe vers l’Espagne et les marchés européens et renforçant la position géostratégique du Maroc comme plateforme énergétique régionale. Ce mégaprojet se distingue par son ampleur technique, sa portée politique et son impact socio-économique. Il ambitionne non seulement de sécuriser l’approvisionnement énergétique de millions d’Africains et d’Européens, mais aussi de stimuler l’investissement, renforcer l’industrialisation locale et favoriser l’intégration régionale entre les pays d’Afrique de l’Ouest et du Nord.
Une coopération exemplaire Sud-Sud
Le gazoduc Nigeria-Maroc incarne pleinement la vision marocaine de la coopération Sud-Sud. Le Royaume n’agit pas en tant que simple transitaire d’énergie, mais comme co-constructeur et coordinateur stratégique d’un projet continental. Piloté par l’ONHYM (Office National des Hydrocarbures et des Mines) côté marocain, et la NNPC (Nigerian National Petroleum Company), le projet repose sur une gouvernance bilatérale structurée. Plus qu’un tuyau de transport, le gazoduc porte une ambition de développement régional : accords bilatéraux avec chaque pays traversé, formation de compétences locales, création d’emplois, financements d’infrastructures connexes…L’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO) a également exprimé son soutien, reconnaissant la portée stratégique du projet pour le futur énergétique du continent. Le projet repose sur une logique de partage équitable des bénéfices et de transferts technologiques.
Une réponse aux défis énergétiques et climatiques
Dans une Afrique subsaharienne où près de 600 millions de personnes vivent sans électricité, ce projet représente un levier majeur. Le gazoduc constitue une réponse concrète et pragmatique au déficit énergétique de plusieurs pays, notamment ceux enclavés ou éloignés des centres de production. Grâce aux stations de compression installées le long du tracé, chaque pays pourra prélever du gaz pour ses propres besoins, renforçant ainsi sa sécurité énergétique tout en alimentant ses industries naissantes. En s’insérant dans les réseaux énergétiques existants ou en développement, le gazoduc contribuera à mailler le continent et à créer une dorsale énergétique ouest-africaine, base d’une future intégration énergétique continentale.
Même s’il s’agit d’une ressource fossile, le gaz naturel est considéré comme une énergie de transition, moins polluante que le charbon ou le fioul. Dans une Afrique en pleine croissance, mais encore vulnérable, il peut jouer un rôle essentiel pour accompagner la montée en puissance d’infrastructures énergétiques fiables, tout en préparant le terrain pour les énergies renouvelables. Le gazoduc Nigeria-Maroc s’inscrit ainsi dans une vision réaliste de la transition énergétique, adaptée aux priorités de développement du continent. Le projet se positionne également comme une alternative stratégique au gazoduc transsaharien (Nigeria-Niger-Algérie) et redéfinit les équilibres énergétiques en Afrique de l’Ouest. En s’ouvrant sur l’Europe via les infrastructures existantes au nord du Maroc, il conforte la position du Royaume comme acteur clé des flux énergétiques euro-africains, dans un contexte de diversification post-crise ukrainienne.
Un chantier en marche
Le chantier avance : études de faisabilité finalisées, appui financier de bailleurs internationaux (Banque mondiale, BID…), mémorandum d’entente signé en juin 2023 entre le Maroc, le Nigeria et la CEDEAO. Aujourd’hui, le gazoduc est entré dans sa phase d’ingénierie détaillée (FEED), étape clé pour mobiliser les financements et planifier les travaux. Le rôle de l’ONHYM, en tant que chef d’orchestre technique, est central pour maintenir l’élan et assurer la cohérence régionale du projet. La confiance entre partenaires, la solidité des institutions impliquées et l’alignement politique régional sont autant d’atouts pour la réussite du projet.
S’il demeure un projet complexe et de long terme, le gazoduc Nigeria-Maroc est soutenu par une diplomatie active, un socle de confiance entre les pays impliqués, et une volonté commune de faire émerger une infrastructure panafricaine structurante, porteuse de développement durable et de stabilité régionale.
Le gazoduc Nigeria-Maroc dépasse largement le cadre énergétique. Il porte une vision panafricaine fondée sur la solidarité, la mutualisation et de souveraineté. À travers l’implication de l’ONHYM et le leadership marocain, il incarne une Afrique qui bâtit elle-même ses infrastructures stratégiques, avec une vision, une méthode et une ambition à la hauteur de son potentiel. Avec ce projet, le Maroc confirme incontestablement sa position de plateforme énergétique et diplomatique, tout en renforçant sa crédibilité comme acteur structurant de l’intégration africaine.
![Tribune | Afrique : la transition bas carbone ne manque pas de financements, mais de projets bancables [Par Pierre-Samuel Guedj] Depuis une décennie, l’écosystème de la finance climat s’est profondément densifié. Fonds multilatéraux, banques de développement, institutions bilatérales, investisseurs privés, fonds d’infrastructure, capital-investissement, marchés obligataires verts : tous ces acteurs ont progressivement orienté leurs stratégies vers la transition énergétique, l’adaptation climatique et la décarbonation des économies.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/04/Finance-climat--320x144.jpg.webp)




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