Mohammed VI, 26 ans de règne. Un Maroc tourné vers l'Afrique et l'avenir.
Le retour du Maroc dans l’Union africaine (UA), après 33 ans d’absence, est une décision stratégique qui répond à plusieurs objectifs clés. Sur le plan géopolitique, cela permet au Maroc de renforcer son influence en Afrique, de contrecarrer l’influence de ses rivaux régionaux et de défendre ses intérêts, notamment sur la question de la récupération définitive de ses provinces du sud.
A l’observation du retour du Maroc à l’Union africaine (UA) le 29 novembre 2017, il est difficile de ne pas souscrire à l’utilité d’une telle ré-adhésion pour une organisation intergouvernementale qui, depuis sa création, met en avant, comme premier objectif, l’intégration économique et la solidarité politique sur les grandes questions de gouvernance mondiale.
Le 17 juillet 2016, le Maroc, par l’intermédiaire d’un message du Roi Mohammed VI, adressé aux chefs d’États réunis à Kigali, au Rwanda, à l’occasion du 27e sommet de l’Union africaine, annonce sa volonté de retrouver «sa place naturelle» au sein de sa grande «famille institutionnelle.» Le lendemain, une motion signée par vingt-huit membres de l’UA entérinait cette procédure de retour au sommet d’Addis-Abeba en janvier 2017. Le retour ainsi acté prenait de court tous ceux qui, au sein de l’UA, travaillaient, à dessein ou non, contre l’Union, comme au bon vieux temps des blocs et des rivalités «suspectueuses.»
En raison de l’augmentation des échanges commerciaux du Maroc avec l’Afrique subsaharienne et des flux sortant d’investissements directs étrangers (IDE) marocains en Afrique subsaharienne, les motivations économiques expliquent la réintégration du Maroc à l’UA. Mais si le commerce est un indice d’ouverture, il ne suffit pas, à lui seul, pour expliquer le retour gagnant du Royaume au sein d’une organisation qui a tant souffert du vide crée par son départ. Le retour du Maroc au sein de l’UA est un démenti cinglant du «trilemme politique fondamental de l’économie mondiale» tel que formulé par Rodrik. En retrouvant l’UA, le Maroc a choisi, d’une part, d’affermir sa souveraineté sur les provinces du sud et, d’autre part, d’approfondir son intégration économique au continent africain. Il s’agit de deux vecteurs de changement, la fonctionnalité et l’intentionnalité, qui ont respectivement permis au Maroc de réformer sa politique unioniste irréversible et de façonner son environnement africain subsaharien en fonction de ses projets nationaux. Tout en s’opposant à ce qu’il considère comme «une donnée non négociable,» c’est-à-dire l’organisation, d’un référendum pour une autodétermination qui n’est d’aucun propos, le Maroc fit alors «le choix de combattre les adversaires de son intégrité territoriale de l’intérieur,» au sein de l’UA.
Malgré l’exit institutionnel du Maroc de l’OUA en 1984, les liens entre le Royaume chérifien et l’Afrique subsaharienne n’ont jamais été rompus. Avant son retour à l’UA, le Maroc avait patiemment pris soin d’étendre son réseau de représentations diplomatiques sur le continent africain, passant de dix-neuf à vingt-six ambassades et deux consulats. Cette densification s’est davantage opérée en Afrique orientale et australe, foyers de l’incompréhension qui avait poussé le Maroc à geler son appartenance à l’OUA et à ne revenir qu’à la faveur d’un changement radicale de la vision de certains pays sur le caractère immuable de certaines positions de souveraineté territoriale.
La réintégration du Maroc au sein de l’Union africaine, ainsi que l’accord de principe de son adhésion à la CEDEAO les 5 et 6 juin 2017 au 51ème sommet de la CEDEAO à Monrovia, sont deux grandes réussites diplomatiques pour le Royaume. Deux succès longuement préparés par les divers volets de la diplomatie marocaine qui combine diplomatie des voyages et du portefeuille, influence religieuse, accords de sécurité et coopération militaire, et surtout diplomatie économique avec les pays africains. Ils témoignent du retour en force de l’un des pays fondateurs de l’OUA en 1963, qui l’avait quitté en 1984, et d’une volonté ferme du Maroc d’être un élément clé de la politique d’intégration africaine face aux résultats mitigés des CER (Communauté économique régionale) qui ne peuvent être vues que comme un tremplin vers la véritable Union africaine.





Maroc
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