L’ancien président de la République, Abdou Diouf, appelle les citoyens, la classe politique et dirigeants du Sénégal à faire preuve de retenue et d’intégrité tout en œuvrant en faveur d’une application à la lettre des dispositions de la Constitution.
“Je demande au peuple sénégalais, à sa classe politique et à ses dirigeants de faire preuve de retenue et d’intégrité en appliquant à la lettre les dispositions de notre Constitution tout en préservant les libertés publiques acquises de haute lutte dans la construction de notre démocratie”, a indiqué le successeur de Léopold Sédar Senghor.
Crise institutionnelle sans précédent au Sénégal
Dans un message rendu public mardi, l’ancien chef de l’État a déclaré avoir décidé de rompre le serment qu’il s’était fait de s’abstenir de tout commentaire sur la vie politique en raison de la crise institutionnelle sans précèdent que vit le Sénégal.
Dans une lettre publiée lundi, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, son successeur à la tête de l’Etat, ont invité l’ensemble de la classe politique ainsi que la société civile à participer au dialogue national lancé par le chef de l’Etat, Macky Sall, pour “des discussions franches et loyales”, afin que “la prochaine élection présidentielle du 15 décembre 2024 soit tenue dans des conditions parfaitement transparentes, inclusives et incontestables.”
Incompréhension !
En raison des commentaires suscités par cette sortie publique, Abdou Diouf dit constater “avec regret et tristesse”, que la lettre publiée avec sa signature et celle du président Abdoulaye Wade suscite beaucoup d’incompréhension.
“Je tiens à préciser, afin qu’il n’y ait aucune équivoque, que le Conseil constitutionnel que j’ai créé en 1992 reste le garant ultime de nos institutions et de notre démocratie”, a fait valoir Abdou Diouf.
Il a insisté sur le fait qu’il appartenait au Conseil constitutionnel à lui et à lui seul de dire le droit et de prendre les décisions qui s’imposent à tous concernant le calendrier électoral et le respect de la durée du mandat présidentiel.
Des appels en vain d’Abdou Diouf à Macky Sall
Selon Le Témoin, rapporte Senenews, Abdou Diouf a fait cette sortie pour rattraper un manque de vigilance au moment de valider la déclaration conjointe.
En effet, tout est parti de la volonté de l’ancien chef de l’État, inquiet de la situation du pays, de s’entretenir avec le Président Macky Sall. C’était la semaine dernière. Abdou Diouf a tenté à plusieurs reprises de rentrer en contact avec l’actuel occupant du Palais.
Sans succès puisque non seulement ce dernier n’a pas pris ses appels, mais encore n’a pas daigné le rappeler, renseigne Le Témoin. Ce n’est que lundi dans la matinée que la présidence sénégalaise- et non le Président Macky Sall en personne- a appelé Abdou Diouf pour lui proposer de cosigner un texte avec son successeur, Abdoulaye Wade, appelant au dialogue, à la retenue, au respect de la Constitution, etc, poursuit Senenews.
Diouf donne son accord. Quelques heures plus tard, son ancien conseiller à l’OIF Hamidou Sall, passé au service du Président Macky Sall, lui envoie un texte que Abdou Diouf, du fait du grand âge et de la confiance qu’il accorde à Hamidou Sall, signe les yeux fermés, sans même le montrer à son entourage. C’était une grosse erreur !
En effet, il ne s’était même pas rendu compte qu’on l’y engageait à valider en quelque sorte la date du 15 décembre prochain décidée par l’alliance Benno Bokk Yakaar-PDS. Ce n’est que lorsque ses enfants, affolés par la bronca et bombardés de tweets, textos et coups de fil les interrogeant sur la position de leur père, l’ont interpellé que le Président Abdou Diouf s’est rendu compte de la gravité de ce qu’il avait signé en toute bonne foi, conclut Senenews.
La montée soudaine de la tension politique au Sénégal est survenue après que le chef de l’Etat, Macky Sall, a annoncé le 3 février, l’abrogation du décret qu’il avait signé pour convoquer le corps électoral, le 25 février.
Pour expliquer sa décision, le président Macky Sall a invoqué des suspicions de corruption agitées par le Parti démocratique sénégalais (PDS) à l’encontre de deux juges du Conseil constitutionnel au sujet du rejet du dossier de candidature de son leader à l’élection présidentielle, Karim Meissa Wade.
Cette annonce a été suivie deux jours plus tard du vote à l’Assemblée nationale d’une loi reportant au 15 décembre l’élection présidentielle du 25 février.
Des députés de l’opposition ont introduit deux recours pour réclamer l’annulation de cette loi adoptée lors d’une séance houleuse marquée par l’expulsion des députés de l’opposition par les gendarmes.
Vendredi des heurts opposant des forces de l’ordre à des manifestants opposés au report du scrutin ont éclaté à Dakar et dans d’autres localités du pays. Trois décès ont été à ce jour dénombrés.
Avec APS et Senenews





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