Construire des routes, c’est bien. Mais construire un secteur privé qui tient la route, c’est mieux. L’Afrique avance, mais elle peut courir plus vite. Le potentiel est là – une jeunesse dynamique, une urbanisation rapide, des ressources abondantes. Pourtant, malgré une croissance qui résiste aux chocs, le secteur privé africain peine encore à jouer son rôle de moteur économique

C’est un constat que je fais chaque jour sur le terrain : nos entrepreneurs sont talentueux, mais souvent bridés par des freins structurels. Il est temps d’inverser la tendance.
Informel dominant, entreprises fragiles
Aujourd’hui, plus de 80 % des emplois en Afrique subsaharienne se situent dans le secteur informel. Un tissu entrepreneurial vibrant mais mal structuré, mal financé, mal accompagné. Derrière cette informalité, il y a des réalités simples : lancer une entreprise formelle est long, coûteux, souvent dissuasif. L’informel devient alors la solution par défaut. Mais sans formalisation, pas d’accès au crédit, pas de montée en gamme, peu de résilience. En clair : pas de croissance durable.
Le financement, parent pauvre
Deuxième frein : l’accès au financement. Les PME représentent plus de 90 % des entreprises africaines et 80 % des emplois, mais l’écart de financement les concernant est estimé à plus de 300 milliards de dollars selon la Banque africaine de développement (BAD). Faute de garanties, les banques hésitent. Faute de fonds propres, les entrepreneurs stagnent. J’ai personnellement connu ces blocages : même avec des marchés signés, convaincre une banque d’avancer les fonds relevait parfois du miracle. Résultat ? On avance lentement, projet après projet, là où on pourrait industrialiser et créer massivement de l’emploi.
Pour débloquer cela, il faut diversifier les sources : capital-risque, fonds de garantie, fintech. Encourager les banques à prendre des risques mesurés. Et faire de l’inclusion financière une réalité, pas un slogan.
Infrastructures : des fondations à bâtir
Dans le secteur du BTP, je vis chaque jour les conséquences de nos déficits d’infrastructures. Routes dégradées, énergie instable, logistique aléatoire… tout cela renchérit le coût des affaires. Selon la Banque mondiale, l’Afrique perd jusqu’à 2 points de PIB par an à cause de ces lacunes. Et sans infrastructures de qualité, comment attirer des investisseurs ? Comment espérer une transformation industrielle ?
Des pays comme le Maroc, l’Éthiopie ou le Nigeria commencent à tirer leur épingle du jeu grâce à des politiques industrielles affirmées et à des investissements ciblés. Mais il faut accélérer, massivement. Et pour cela, les partenariats public-privé sont incontournables.
ZLECAf : l’union fait la force
Notre marché est trop fragmenté. L’Afrique commerce encore davantage avec l’Europe ou la Chine qu’avec elle-même. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) peut changer la donne : 1,3 milliard de consommateurs, un PIB combiné de plus de 3 000 milliards de dollars. Mais encore faut-il lever les obstacles douaniers, logistiques, réglementaires. J’ai vu des camions bloqués des jours aux frontières régionales, pendant que des conteneurs venus d’Asie passaient sans encombre. Cela doit changer.
Une jeunesse à outiller
L’Afrique, c’est 60 % de jeunes de moins de 25 ans. C’est une bombe démographique… ou un dividende, selon ce qu’on en fait. Chaque année, 10 à 12 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail, mais seuls 3 millions d’emplois formels sont créés. Il faut donc investir massivement dans la formation, l’apprentissage, l’entrepreneuriat. Célébrer nos réussites locales, créer des passerelles entre générations d’entrepreneurs. La Fondation Tony Elumelu, les hubs tech de Lagos ou Nairobi en sont des exemples inspirants. Multiplions-les.
L’Afrique n’a pas besoin de copier un modèle. Elle peut bâtir le sien. Un modèle où l’État facilite, où les entrepreneurs osent, où les partenariats public-privé sont fondés sur la transparence et la co-construction. En tant qu’homme de terrain, je crois à cette vision. Elle ne viendra ni de Paris ni de Pékin, mais d’ici, de nous.
Nous devons cesser d’être de simples consommateurs de solutions importées. L’Afrique a les moyens d’être une terre de production, d’innovation et de compétitivité. Pour cela, il faut un secteur privé fort, structuré, soutenu. Un secteur privé qui crée des emplois dignes, qui investit localement, qui inspire la jeunesse.
C’est en libérant l’initiative privée, en investissant dans notre capital humain, et en pensant panafricain que nous assurerons un développement durable. Pas seulement pour les chiffres du PIB, mais pour les millions de familles africaines qui attendent des perspectives. Construire un continent prospère, c’est notre responsabilité commune. Et cela commence maintenant.
Bioexpress
Seydou Kane est un entrepreneur malien actif au Gabon, où il dirige le Consortium International de Travaux Publics (CITP), spécialisé dans la réhabilitation des voiries urbaines et le développement d’infrastructures stratégiques.
Il est également le fondateur de la Fondation Seydou Kane, qui soutient des initiatives en faveur de l’éducation et de l’innovation, avec pour objectif de favoriser l’égalité des chances et de contribuer à la formation des jeunes générations.
À travers ses activités économiques et sociales, il associe entrepreneuriat et engagement en faveur du développement durable en Afrique.


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