Malgré leurs engagements en faveur d’un approvisionnement responsable, les Émirats arabes unis restent l’un des plus grands hubs mondiaux de l’or issu de circuits opaques et de zones de conflit. Les chiffres de 2024 confirment une tendance inquiétante, entre or africain, or russe et or de contrebande.
En 2024, les Émirats arabes unis (EAU) ont importé 1’392 tonnes d’or, pour une valeur estimée à 105,4 milliards de dollars, se hissant au deuxième rang mondial des importateurs derrière la Suisse.
Parmi ces volumes, 748 tonnes proviennent du continent africain — une hausse de 18 % en un an — confirmant la position d’Abou Dhabi et Dubaï comme plaques tournantes du commerce aurifère africain.
Les données publiées par UN Comtrade et analysées par SWISSAID révèlent que les EAU continuent de recevoir de l’or de circuit illégal, notamment en provenance du Soudan, plongé dans la guerre civile.
En 2024, 29 tonnes ont été importées directement du Soudan (contre 17 en 2023), auxquelles s’ajoutent des flux massifs via des pays voisins : 27 tonnes d’Égypte, 18 tonnes du Tchad et 9 tonnes de Libye. Ces deux derniers servent de points de sortie pour l’or contrôlé par les Forces de soutien rapide (FSR), une milice soudanaise accusée d’exactions graves.
Des routes africaines de plus en plus complexes
Le schéma dépasse le seul Soudan. En 2024, les EAU ont également importé 31 tonnes d’or d’Ouganda et 19 tonnes du Rwanda, deux pays producteurs marginaux qui servent d’étapes clés dans le trafic de l’or congolais, souvent lié à des zones de conflit armé en République démocratique du Congo.
Même constat pour le Togo, qui a exporté 52 tonnes d’or vers les Émirats, alors qu’il n’en produit presque pas.
Pour SWISSAID, ces chiffres démontrent l’ampleur des réseaux de contrebande et leur interconnexion régionale autour des Émirats.
L’or russe, un autre front sensible
Les importations émiraties ne se limitent pas à l’Afrique.
En 2024, les EAU ont acheté 66 tonnes d’or à la Russie (5,4 milliards de dollars), contre 41 tonnes l’année précédente. À cela s’ajoutent 78 tonnes d’or venues d’Arménie, pays devenu une plateforme de transit pour l’or russe, en contournement des sanctions liées à la guerre en Ukraine.
Ces flux illustrent les failles de la régulation émiratie : la législation sur l’approvisionnement responsable en or, adoptée en 2023, reste largement inefficace.
« Face à de tels chiffres, les Émirats arabes unis devraient à nouveau figurer sur la liste grise du GAFI,»alerte Marc Ummel, responsable matières premières chez SWISSAID.
La Suisse dans la zone grise
La Suisse, premier centre mondial du raffinage d’or, se retrouve directement impliquée.
Entre janvier et septembre 2025, elle a importé 316 tonnes d’or des Émirats, pour une valeur de 27 milliards de francs suisses — plus du double du volume habituel.
Une part importante de cet or pourrait être issue de filières non traçables.
«Cette hausse massive est préoccupante, car l’origine réelle de l’or émirati reste inconnue,» avertit Marc Ummel.
La création en 2026 d’un registre de transparence par l’Association suisse des métaux précieux (ASMP) n’apportera pas de réponse claire : la raffinerie Valcambi, principal importateur d’or émirati, n’en fait plus partie. Ses données ne seront donc pas publiées.
Un appel à la transparence mondiale
Pour SWISSAID, la révision en cours de l’ordonnance suisse sur le contrôle des métaux précieux doit aller plus loin : rendre obligatoire la publication des sources d’approvisionnement des raffineries et renforcer la traçabilité de l’or importé.
Derrière les chiffres, c’est tout un système de commerce opaque, alimenté par les conflits et le contournement des sanctions, qui continue de prospérer… sous les reflets brillants du marché mondial de l’or.
![Édito | Transport aérien : faut-il avoir peur de la guerre dans le Golfe ? [Par Jean-Louis Baroux] Il y a d’abord le récurent problème de l’approvisionnement en carburant. Un très bon article d’Air Journal éclaire la situation européenne. 70% du carburéacteur consommé en Europe provient du Moyen-Orient et en particulier du complexe Al Zour du Koweit. Il est clair que cette source de fourniture de Jet A ou Jet A1 va être singulièrement réduite tant que le détroit d’Ormuz ne sera pas réouvert à la navigation et cela peut prendre plusieurs mois après la fin des hostilités, qui elle, n’est pas pour demain.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/04/Zour-320x173.jpg.webp)



![Afrique | Or des conflits : les Émirats arabes unis au cœur du commerce douteux [Avec SWISSAID] En 2024, les Émirats arabes unis (EAU) ont importé 1’392 tonnes d’or, pour une valeur estimée à 105,4 milliards de dollars, se hissant au deuxième rang mondial des importateurs derrière la Suisse. Parmi ces volumes, 748 tonnes proviennent du continent africain — une hausse de 18 % en un an — confirmant la position d’Abou Dhabi et Dubaï comme plaques tournantes du commerce aurifère africain.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2025/06/Or-.jpg.webp)
Emirats Arabes unis

![Éclairage | L’Interdépendance Nord-Sud entre complémentarité et instrumentalisation : les relations Maroc-Europe (2000-2025) [Par Pr. El Hassane Hzaine] Ces événements m’ont poussé à me poser la question si l’Afrique et le Maroc subissent un jour le revers de la médaille de l’interdépendance avec l’UE si jamais ils s’obstinent à s’affranchir définitivement de cette organisation politico-économique sui generis européenne et de leurs anciennes métropoles comme c’est le cas des pays du Sahel.](https://afrimag.net/wp-content/smush-webp/2026/04/Ue-450x253.jpg.webp)



