Le gouvernement d’Alassane Ouattara a annoncé une hausse historique du prix d’achat du cacao, le faisant passer à 1 800 francs CFA (2,7 euros) le kilo, soit une augmentation de 20 %. Une décision qui tombe à point nommé pour les acteurs de la filière
Cette année, les cours mondiaux du cacao ont dépassé toutes les prévisions, atteignant 10 000 dollars la tonne à New York, avec une hausse de 170 % à Londres pour les livraisons de septembre 2024. «Sur la terre battue de Soubré, c’est le prix fixé par le gouvernement qui compte », déclare un officiel. «Le marché mondial, c’est pour les grandes entreprises. Nous, ce qu’on veut, c’est un prix juste et stable», ajoute Koffi, un opérateur de la filière café-cacao, tout en saluant la décision gouvernementale, car “le mécanisme mis en place par le gouvernement nous protège.”
Un prix minimum pour protéger les planteurs
Lors d’une cérémonie officielle, le ministre de l’Agriculture ivoirien, Kobenan Kouassi Adjoumani, a souligné que cette hausse s’inscrivait dans une politique plus large visant à stabiliser les revenus des producteurs. Depuis 2011, sous l’impulsion du Président Ouattara, le gouvernement a instauré un prix minimum annuel pour protéger les planteurs contre les fluctuations imprévisibles des marchés mondiaux. Cette mesure est, plus significative cette année dans le contexte d’une baisse de 5 % de la production mondiale, due aux conditions climatiques défavorables en Côte d’Ivoire et au Ghana. Les deux principaux producteurs mondiaux.
La réactivité d’Abidjan n’est pas nouvelle sur ce sujet stratégique pour l’économie nationale. Déjà, en avril 2024, le Président Alassane Ouattara avait relevé de 50 % le prix officiel du cacao à 1 500 francs CFA (2,47 dollars) par kilo, contre 1 000 francs CFA auparavant. Au-delà de la hausse du prix, le Chef de l’Etat a maintenu les exonérations fiscales en faveur des exportateurs locaux. C’est ainsi que qu’entre 250 000 et 300 000 tonnes de fèves vont être exemptées de taxes, une mesure qui représente un coût de 8,5 à 9 milliards de francs CFA pour l’État. Un effort conséquent, mais nécessaire selon le gouvernement, pour renforcer la compétitivité des acteurs nationaux sur un marché mondial dominé par les multinationales.
Soins gratuits pour 1 million de planteurs
Sur le plan social, la Couverture maladie universelle (CMU) est devenue gratuite pour les producteurs de cacao. Financé par le Conseil Café-Cacao, ce dispositif offrira une protection à près d’1million de planteurs qui peinent souvent à accéder aux soins de base. Un soutien bienvenu pour ces cultivateurs, dont les revenus restent soumis aux caprices du climat et des spéculateurs.
Traçabilité complète des fèves sur les marchés internationaux
Mais la bataille ne se joue pas uniquement sur le plan national. À l’échelle internationale, la Côte d’Ivoire doit se conformer aux nouvelles exigences européennes, entrées en vigueur en janvier 2024. Ces régulations visent à lutter contre la déforestation et à garantir des conditions de travail décentes. Pour y parvenir, le Conseil café-cacao a déjà distribué plus de 730 000 cartes électroniques aux planteurs, pour assurer une traçabilité complète des fèves. Un passage obligé pour renforcer la qualité et la durabilité du cacao ivoirien sur les marchés internationaux, de plus en plus exigeants en matière d’éthique et de respect de l’environnement.
Sur le plan régional et toujours dans le but de protéger les producteurs, l’alliance avec le Ghana, surnommée l’«OPEP du cacao», s’affirme comme un levier important. Créée en 2018, cette coalition veut harmoniser les politiques de prix entre les deux géants africains et à mieux négocier face aux géants de l’agro-industrie. «Si on peut mieux s’organiser, on peut vraiment peser», déclare Adama, un producteur de cacao à Divo, qui attend avec impatience les retombées concrètes de ces initiatives.




![Côte d’Ivoire | Vent d’optimisme chez les producteurs de cacao [Par Charles Agbo, journaliste] Cette année, les cours mondiaux du cacao ont dépassé toutes les prévisions, atteignant 10 000 dollars la tonne à New York, avec une hausse de 170 % à Londres pour les livraisons de septembre 2024. «Sur la terre battue de Soubré, c’est le prix fixé par le gouvernement qui compte », déclare un officiel. «Le marché mondial, c’est pour les grandes entreprises. Nous, ce qu’on veut, c’est un prix juste et stable», ajoute Koffi, un opérateur de la filière café-cacao, tout en saluant la décision gouvernementale, car “le mécanisme mis en place par le gouvernement nous protège.”](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2024/10/Kobenan-Kouassi-Adjoumani-ministre-de-lAgriculture.jpg)
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