On peut se poser la question au vu des contraintes imposées par l’Union européenne mais également directement par les États européens à leur transport aérien. Il est loin le temps où cette activité faisait la fierté du continent. Entre les années 1960 et 1980, les compagnies européennes représentaient le fleuron du Vieux Continent qui était en train de se reconstruire après avoir passé des siècles à des luttes internes qui ont été jusqu’à presque le détruire.

C’était l’époque où les transporteurs nationaux : Air France, Lufthansa, British Airways, Alitalia, SAS, KLM et j’en passe avaient développé le premier réseau international mondial, loin devant même les États-Unis largement concentrés sur leur espace domestique. Les temps ont bien changé. Les opérateurs traditionnels n’ont pas su gérer l’arrivée des transporteurs « low costs » dans lesquels ils ont vu des ennemis au lieu de les considérer comme de fantastiques développeurs de marché. Disons-le, les compagnies aériennes ont été les premières à se créer leurs propres difficultés.
Mais alors qu’elles se débattaient entre elles et les nouveaux concurrents à bas coûts, les autorités gouvernementales, au lieu de les aider, n’ont eu de cesse de freiner leur expansion. La première difficulté est venue sans conteste de la gestion de l’espace aérien. Celui-ci est atomisé par sa géographie géopolitique, chaque État étant propriétaire de son environnement aéronautique. Alors qu’il a été possible de créer une monnaie unique dont on ne célébrera jamais assez les bienfaits, il a été impossible jusqu’à maintenant de créer et de gérer un espace aérien civil commun. Le dessin des routes aériennes ne répond plus aux capacités des avions, les pertes de temps sont estimées à 8 minutes en moyenne par vol ce qui est d’ailleurs un facteur aggravant pour la consommation de carburant et les émissions de CO₂. Mais de plus, l’ensemble de l’espace européen est pénalisé chaque fois qu’une grève du contrôle aérien affecte l’un ou l’autre des États. On peut se demander pourquoi les gouvernements et la Commission européenne ne sont pas arrivés à gérer cette difficulté, même s’il faut reconnaître que ce n’est pas facile.
La pression écologique s’est également emparée des gouvernements et ces derniers par une curieuse démagogie en ont fait porter le poids sur le transport aérien accusé de tous les maux alors qu’il est l’une des rares activités à avoir pris conscience de l’intérêt que représentait l’atteinte de la neutralité carbone. Au lieu d’accompagner la nécessaire transition, la réponse des autorités politiques a été de contraindre les opérateurs à diminuer leur offre, sans avoir demandé d’ailleurs l’avis des consommateurs. C’est ainsi que certains aéroports comme Amsterdam ou Londres Heathrow, voire même Paris-Orly et d’autres que j’oublie, ont dû diminuer ou plafonner le nombre de mouvements d’avion alors que leurs installations permettaient de les écouler. On a pu voir aussi des États interdire purement et simplement des dessertes aériennes lorsque la voie ferrée permettait de les remplacer en 2 h 30.
Pendant le même temps de nouveaux et importants droits de trafic étaient attribués à des transporteurs du Golfe, comme Qatar Airways par exemple. Je note que les Émirats du Golfe ont bien perçu l’importance politique et économique du soutien au développement de leurs compagnies aériennes. On ne peut pas le leur reprocher, mais on aurait souhaité que les autorités européennes en fassent autant au lieu de les pénaliser. Je note d’ailleurs que le dernier règlement européen concernant les droits des passagers aériens fera peser de nouvelles obligations sur les compagnies, s’il est adopté par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne.
Il est pour le moins paradoxal de voir que tout le monde s’accorde pour que le transport aérien arrive à la neutralité carbone d’ici à 2050, ce qui, par parenthèses, est impossible sans un saut technologique que l’on ne voit pas se dessiner, et que dans le même temps on coupe les ailes à cette activité. Les investissements pour décarboniser l’aérien sont prodigieux, sans doute plusieurs milliers de milliards de dollars et il faudra bien trouver les ressources pour les financer. Or, d’où cet argent peut-il provenir si ce n’est du transport aérien lui-même, en clair des passagers qui devront accepter de sérieuses augmentations de tarifs lesquelles produiront pour les transporteurs des profits accrus dont une grande partie devra être consacrée à la recherche pour atteindre la perfection écologique. Pour cela le transport aérien européen aura besoin non seulement de la neutralité des gouvernements mais de leur soutien non pas financier, mais administratif.
Sans une coopération forte entre tous les acteurs du secteur aéronautique et les États qui détiennent la règlementation et le contrôle aérien, il ne sera pas possible de faire des progrès suffisants. Chacun doit prendre ses responsabilités et d’abord la Commission européenne.

![Édito | L’Europe veut-elle tuer son transport aérien ? [Par Jean-Louis Baroux] C'était l'époque où les transporteurs nationaux : Air France, Lufthansa, British Airways, Alitalia, SAS, KLM et j'en passe avaient développé le premier réseau international mondial, loin devant même les États-Unis largement concentrés sur leur espace domestique. Les temps ont bien changé. Les opérateurs traditionnels n'ont pas su gérer l'arrivée des transporteurs « low costs » dans lesquels ils ont vu des ennemis au lieu de les considérer comme de fantastiques développeurs de marché.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/06/Avion--320x180.jpg)


![Édito | L’Europe veut-elle tuer son transport aérien ? [Par Jean-Louis Baroux] C'était l'époque où les transporteurs nationaux : Air France, Lufthansa, British Airways, Alitalia, SAS, KLM et j'en passe avaient développé le premier réseau international mondial, loin devant même les États-Unis largement concentrés sur leur espace domestique. Les temps ont bien changé. Les opérateurs traditionnels n'ont pas su gérer l'arrivée des transporteurs « low costs » dans lesquels ils ont vu des ennemis au lieu de les considérer comme de fantastiques développeurs de marché.](https://afrimag.net/wp-content/uploads/2026/06/Avion-.jpg)






