UNESCO, L’Afrique à l'honneur
Banquier, philanthrope et nouveau visage de la Priorité Afrique à l’UNESCO, le franco-ivoirien Ibrahim Magassa entend mobiliser la finance mondiale au service de l’éducation, de l’innovation et de l’entrepreneuriat sur le continent. Un retour aux sources pour celui dont la trajectoire commence à Grand-Bassam, dans les programmes de cette agence onusienne dont l’objectif est de construire la paix mondiale en favorisant la coopération internationale dans les domaines de l’éducation, des sciences, de la culture et de la communication.
La scène se déroule le 28 octobre 2025, au siège parisien de l’UNESCO. Dans une salle baignée de lumière, où résonnent les conversations des diplomates, Audrey Azoulay s’avance pour dévoiler les nouvelles personnalités appelées à rejoindre la famille des Ambassadeurs de bonne volonté. La Directrice générale, fidèle à sa volonté de rapprocher l’Organisation des forces vives de la société civile, dévoile successivement quatre profils venus de mondes très différents, mais réunis- pour la même cause- par la même capacité d’influence. Une éditrice et présidente d’université venue des Émirats arabes unis, un acteur mexicain reconnu pour ses engagements sociaux, une architecte grecque dont les œuvres marquent le pourtour méditerranéen… et un banquier ivoirien, peu habitué aux feux médiatiques mais dont les travaux en matière de financement innovant et d’impact social ont retenu l’attention de l’institution.
Lorsque le nom d’Ibrahim Magassa est prononcé, certains diplomates échangent un regard approbateur. Le milieu africain du développement connaît bien ce financier passé maître dans l’art de structurer les grands projets stratégiques du continent, qu’ils soient publics ou privés. Mais derrière cette image d’expert rompu aux rouages des marchés, l’UNESCO distingue un parcours profondément ancré dans la question éducative. «Ces personnalités incarnent la diversité des talents qui font la richesse de notre action,» souligne Audrey Azoulay. «Par leur rayonnement et leur créativité, elles contribueront à porter nos messages auprès des jeunes, des innovateurs et de tous ceux qui façonnent le monde de demain. » Dans cette mosaïque de talents internationaux, Magassa apparaît comme un trait d’union entre l’Afrique des ambitions et celles des défis. Son nom résonne comme la promesse d’un engagement à la fois technique et pro.
Pour comprendre l’essence de cette nomination, il faut remonter plusieurs décennies en arrière, dans les rues bordées de palmiers de Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire. Magassa y grandit dans un environnement où l’éducation n’était pas un acquis inéluctable. Dans cette ville artistique et foisonnante, classée au patrimoine mondial, il découvre, très jeune, la puissance transformative du savoir à travers les programmes éducatifs mis en place avec l’appui de l’UNESCO. Ce contact précoce avec une pédagogie ouverte sur le monde, encourageant la curiosité et l’autonomie, façonne chez lui une conviction profonde: l’éducation est la racine de toute trajectoire réussie.
Un ambassadeur pour l’éducation, l’entrepreneuriat et l’innovation
Le 28 octobre 2025, lorsqu’Audrey Azoulay, Directrice générale sortante, décide de le nommer ambassadeur de bonne volonté pour la Priorité Afrique, ce n’est pas un geste symbolique. C’est la reconnaissance d’un itinéraire où l’expérience personnelle devient un moteur d’action publique. Magassa ne s’en cache pas : l’éducation lui a offert bien plus qu’un avenir professionnel, elle a ouvert son champ des possibles, lui permettant d’envisager une carrière à l’échelle continentale. Dès lors, il porte une idée essentielle : chaque jeune Africain doit avoir les moyens de ses ambitions, et cet accès passe par une mobilisation massive des ressources financières en faveur du capital humain.
Dans ses premières interventions en sa qualité d’ambassadeur, il insiste sur le caractère global de l’éducation. Pour lui, elle ne se résume pas aux salles de classe, mais englobe l’accès à l’innovation, à l’entrepreneuriat, aux opportunités qui transforment l’apprentissage en autonomie économique. Son rôle consiste ainsi à créer des passerelles entre deux mondes longtemps éloignés : celui de la finance et celui de l’éducation. Il veut convaincre les banques, les investisseurs privés, les institutions internationales et les gouvernements que l’éducation doit devenir une priorité stratégique, un investissement à long terme plutôt qu’une dépense immédiate.
Cette vision est nourrie par son parcours personnel, mais aussi par les réalités qu’il observe depuis vingt ans dans les grands projets africains. Là où beaucoup voient des obstacles structurels, Magassa identifie des potentiels inexploités, des talents en attente d’opportunités, des énergies capables de transformer les économies locales si elles sont correctement accompagnées. Son approche se veut résolument pragmatique : il ne s’agit pas de multiplier les discours inspirants, mais de concevoir des programmes efficaces, connectés aux besoins du marché, dotés de financements durables.
Construire des ponts entre finance et écosystèmes éducatifs
L’action de Magassa à l’UNESCO prend forme à travers la conception d’initiatives où la formation, l’innovation et l’entrepreneuriat dialoguent. Il faut dire que le banquier et philanthrope est en terrain connu. Il rencontre souvent les jeunes, écoute leurs contraintes, leurs ambitions. C’est cette relation directe avec le terrain qui lui permet de mesurer l’efficacité des financements mobilisés.
Dans les couloirs des banques, des institutions internationales ou encore lors des forums comme récemment à Rabat avec l’«Africa Investment Forum : Market Days 2025» (voir articles suivants), il défend une vision de l’investissement comme un pilier du capital humain et donc le déclic de la croissance. Il explique que les infrastructures physiques, aussi essentielles soient-elles, ne suffisent pas à créer une économie robuste si les compétences locales ne suivent pas. Pour lui, la véritable colonne vertébrale du développement africain réside dans la jeunesse, dans sa formation, et dans sa capacité à intégrer les métiers de demain.
Cette démarche l’amène à jouer un rôle de médiateur entre les gouvernements, les institutions publiques, les banques et les entrepreneurs. Il s’agit de créer des synergies, de fédérer autour de projets ambitieux capables de combiner expertise technique et impact social durable. À ses yeux, la finance et l’éducation ne sont pas des domaines séparés : elles se renforcent mutuellement, l’une donnant les moyens d’action à l’autre, l’autre garantissant la pérennité et l’impact des investissements.
Dans les programmes qu’il soutient – qu’il s’agisse du Campus Afrique, des initiatives en nouvelles technologies ou des projets de préservation du patrimoine culturel-, Magassa plaide pour une innovation pédagogique adaptée aux réalités africaines. Il veut voir des programmes intégrant les outils numériques, encourageant la créativité, valorisant l’esprit critique et préparant les jeunes à des métiers en constante évolution. Il défend l’idée que l’éducation doit être un outil de compétitivité économique autant qu’un instrument d’émancipation sociale.
De ce fait, son rôle ne se limite pas aux discours officiels. Il s’engage dans le suivi opérationnel, s’assure que les projets avancent, que les financements sont utilisés conformément à leur vocation, que les jeunes bénéficiaires en tirent des opportunités concrètes. Cette immersion permanente dans la réalité africaine renforce son ambition : contribuer à bâtir une Afrique des compétences, autonome, innovante et capable d’imposer sa vision au monde.
Le banquier qui ambitionne de transformer l’Afrique de l’intérieur
Dans son engagement à l’UNESCO, Magassa incarne une nouvelle façon de penser le leadership africain. Non pas un leadership fondé sur des slogans, mais sur une capacité à articuler vision, expertise technique et impact social. De Grand-Bassam aux grandes capitales financières, son parcours montre qu’un banquier peut être bien plus qu’un stratège des marchés. Il peut devenir un acteur du changement, un catalyseur de confiance, un mécène du capital humain.
Sa trajectoire rappelle aussi qu’une transformation durable commence souvent par une histoire personnelle. En passant du rôle de bénéficiaire des programmes éducatifs de l’UNESCO à celui d’ambassadeur de bonne volonté, il boucle une boucle sans jamais la refermer complètement. Pour lui, chaque initiative en faveur de l’éducation est une manière de transmettre ce qu’il a reçu, de prolonger l’élan qui a façonné sa propre vie.











