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Interview : Antoine Thomas Nicephore Fylla Saint-Eudes

Récemment nommé à la tête du ministère de l’Enseignement technique et professionnel, de la formation qualifiante et de l’emploi, Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes, a un rôle important à jouer dans la concrétisation des ambitions du Président congolais de résorber le chômage des jeunes à travers la formation qualifiante. Pour autant, ce chantier ne semble pas tétaniser cet ex-président de la Commission économie et finances de la Chambre haute du parlement.

 

AFRIMAG : Dans son Projet de société : « La marche vers le développement », le Président Denis Sassou Nguesso a consacré tout un programme ambitieux qui consiste à préparer les jeunes congolais à l’emploi par la formation. Quelle lecture en faite-vous ?

Antoine Thomas Nicephore Fylla Saint-Eudes

Antoine Thomas Nicephore Fylla Saint-Eudes, Ministre de l’Enseignement technique et professionnel, de la formation qualifiante et de l’emploi

Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes : En effet, « la marche vers le développement », projet de société du Président de la République pour la période 2016-2021 définit les priorités de l’action du gouvernement dans une marche accélérée vers le développement par la modernisation et l’industrialisation du pays. Comme vous le savez, ce quatrième axe du projet de société du Président Denis Sassou Nguesso, est ainsi libellé : « Préparer les jeunes à l’emploi par la formation qualifiante ». C’est donc là un enjeu majeur, des défis du premier gouvernement de la nouvelle République, une problématique essentielle qui impacte la productivité d’une économie, le niveau de vie des populations, la redistribution de la richesse nationale ainsi que la paix sociale et la stabilité dans le pays. L’objectif général de la diversification de l’économie congolaise est d’accélérer la croissance inclusive pour multiplier la création d’emploi.

Si le système scolaire et universitaire en place a le mérite d’accueillir presque tous les enfants et les bacheliers, force est de constater que le Président de la République ne veut plus se satisfaire de l’effort quantitatif fourni jusqu’à présent. Que comptez-vous faire pour les 60% des diplômés sans emploi qui sortent des différents établissements de l’université Marien Ngouabi ?

Effectivement, il apparait que l’université produit chaque année de nombreux diplômés sans emploi ; ces jeunes ont certes des diplômes mai qui ne correspondent pas toujours aux besoins du marché de l’emploi.

C’est pourquoi au cœur de nos priorités figure la problématique de l’employabilité des jeunes : c’est-à-dire l’acquisition des compétences dont le monde professionnel a besoin pour assurer son développement. Les formations délivrées par les écoles et instituts supérieurs professionnels doivent faire coïncider les besoins des entreprises avec des modèles d’enseignements capables de préparer les jeunes à un avenir professionnel. 

Et cela passe par la mise en place d’un programme de formation répondant aux besoins actuels et futurs de l’économie congolaise, en mettant plus l’accent sur le professionnalisme et moins sur l’académisme comme le voudrait le chef de l’Etat. 

Nous préparons une large reforme des programmes de formations professionnelles et qualifiantes, en concertation avec les acteurs de formation et les praticiens des milieux professionnels, afin d’associer les professionnels à la définition des objectifs et contenus des programmes de formations, car il est indispensable que l’offre de formation des instituts supérieurs ou moyens, publics ou privés, intègre le parcours professionnel dont le diplôme sera reconnu et apprécié de l’employeur. 

Comment le système éducatif congolais pourrait-il évoluer vers une adéquation entre formation et emploi ?

Depuis plusieurs années, l’école avait tourné le dos aux entreprises, et construit ses programmes de formation sans les y associer, d’une part, et de l’autre part, l’enseignement technique était longtemps considéré comme un dépotoir des rébus du système éducatif. Aujourd’hui les entreprises dans notre pays sollicitent de plus en plus des compétences pointues et très diversifiées qu’elles ne trouvent pas sur le marché congolais du travail. Elles se voient le plus souvent obligées d’importer de la main-d’œuvre qualifiée. Cette pénurie de qualifications et de compétences se manifeste sur une large gamme d’activités 

Aussi avons-nous, dans la suite de mon prédécesseur, défini des objectifs généraux d’une stratégie de promotion de l’emploi, visant à assurer l’adéquation formation-emploi, pour lutter contre le chômage de masse.

Ces objectifs portent entre autres sur :

– la finalisation et la mise en œuvre effective de la politique nationale de l’emploi, que nous voulons audacieuse et volontariste ;

– l’amélioration du cadre légal et réglementaire du travail, le soutien à l’investissement générateur d’emplois, la modernisation des mécanismes de suivi, de contrôle et d’évaluation.

Mais d’ores et déjà se met en œuvre depuis 2014, en partenariat avec la Banque mondiale le « projet de développement des compétences pour l’employabilité (PDCG 2014 – 2018) ».

Ce programme qui va bénéficier directement à 15 000 jeunes, vise à promouvoir l’acquisition et le renforcement des aptitudes à l’emploi et à l’entreprenariat pour les jeunes vulnérables vivant dans les zones urbaines afin d’améliorer leur insertion sur le marché du travail et leur revenu.

D’autres projets se développent dans le même sens dans notre ministère, avec l’appui des agences du système des Nations Unies et l’Agence française de développement (AFD).

Depuis trois ans, le Fondation Perspective d’avenir se consacre prioritairement au développement de l’éducation et de la formation en mettant un accent tout particulier sur le soutien à l’insertion et la réinsertion des jeunes congolais issus des milieux défavorisés, des jeunes hors du système scolaire et des diplômés vivant à l’étranger, dans les domaines nécessaires à l’émergence du Congo. Comment voyez-vous cet engagement ?

Vous imaginez bien qu’en ma qualité de ministre en charge des questions de formations qualifiantes et de l’emploi, je ne peux qu’apprécier les initiatives menées par la Fondation Perspectives d’Avenir dans les sens de l’insertion et la réinsertion des jeunes congolais désœuvrés.

Il est vrai qu’au vu des actions de formation menée par cette fondation, les jeunes qualifiés peuvent opter pour l’auto-emploi ou être insérés dans le monde du travail.

La Fondation Perspectives d’Avenir est une ONG très dynamique, qui accompagne l’action du gouvernement en faveur de la jeunesse, dans le cadre d’un partenariat public-privé et nous ne pouvons que nous en féliciter.

Est-ce à dire que l’action de la Fondation s’aligne déjà sur les objectifs du Projet de société du Président Denis Sassou Nguesso en terme d’employabilité des jeunes ?

Mais bien entendu, c’est incontestable que cette fondation épouse le programme de société du Président de la République. 

La crise de l’emploi est un défi national qui doit mobiliser toutes les forces vives de la Nation, les ONG telles que la Fondation Perspectives d’Avenir mais également, les entreprises du secteur privé. 

Je suis heureux de constater que pour remédier au déficit en compétences recherchées par les entreprises, des initiatives sont prises par le secteur privé ou dans le cadre du partenariat public-privé. C’est notamment pour la création de Centres d’éducation, de formation et d’apprentissage (CEFA), en partenariat avec notre ministère. Le secteur privé congolais se compose à 70 % d’informel, notamment dans l’artisanat, le transport, le petit commerce et l’agriculture, un véritable gisement d’emplois à piocher. La régulation du marché de travail et la production de statistiques fiables sur l’emploi supposent une forte implication des acteurs du secteur privé, mais aussi des ONG, des associations professionnelles, de coopératives et autres organisations de la société civile.

Quel rôle est désormais dévolu à votre ministère pour mettre les jeunes congolais en phase avec le monde de l’entreprise ?

Les rôles dévolus à notre département ministériel sont multiples. Mais s’agissant spécifiquement de la question de l’emploi, les objectifs généraux visent à développer l’emploi décent et à lutter contre le chômage de masse. 

Il existe dans notre économie de nombreux secteurs créateurs d’emplois notamment : l’industrie-agroalimentaire, l’industrie chimique, les dérivés du pétrole, les BTP et matériaux de construction, les forêts et les industries du bois, les mines, le tourisme et l’hôtellerie, les services etc. 

Les objectifs du gouvernement visent à réduire le taux de chômage des jeunes de 15-29 ans de 12 % à 5 % et le taux de sous-emploi des jeunes de 27% à 8% ou 9% à l’horizon 2020, à travers la politique nationale de l’emploi à laquelle j’ai fait référence précédemment et qui doit répondre à l’urgence et à la nécessité de forger des instruments d’analyse et des outils de décision susceptibles d’inscrire dans le temps, les actions à mener pour réduire de façon significative le chômage et la pauvreté en République du Congo. 

Photo :Antoine Thomas Nicéphore Fylla Saint-Eudes

 

Bio-express

Du haut de ses 60 ans, Antoine Nicéphore Fylla Saint-Eudes est docteur ès Sciences économiques et politiques, obtenu à Grenoble en France.

Antoine Thomas Nicephore Fylla Saint-EudesEntre 1991 et 2009, il a été tour à tour vice-président de la Commission économie et finances de la conférence nationale souveraine; membre du Conseil supérieur de la République ; membre du Conseil économique et social ; conseiller municipal de Brazzaville ; député à l’Assemblée nationale et candidat à l’élection présidentielle de juillet 2009. Jusqu’à sa nomination au gouvernement le 30 avril 2016, il était sénateur de l’opposition et Président de la Commission économie et finances de la Chambre haute du parlement. Il jouit d’une grande expérience professionnelle. Expert-comptable agréé de la CEMAC, il dispose d’une compétence multisectorielle dans les domaines de l’audit, des analyses stratégiques et du corporate Finance.

De 2003 à 2009, il fut Président-directeur général de la Saris-Congo (Société agricole de raffinage industriel du sucre) installée à Nkayi, dans le département de la Bouenza. Cumulativement à ses fonctions, Antoine Nicéphore Fylla Saint-Eudes était associé et administrateur général du cabinet d’expertise comptable, d’audit et de conseil, dénommé Rainbow Finance SA. Il a été également Directeur résident au Congo du cabinet juridique et comptable Ernst & Young. Il a passé près de vingt ans dans cette firme et assuré la gestion de l’ensemble des clients du cabinet installé au Congo et dans les pays des Grands Lacs (RD.Congo, Rwanda, Burundi et Ouganda).

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