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Décryptage : La Formation qualifiante au cœur de la construction de l’avenir du Congo

Le Projet de société intitulé la « Marche vers le développement» sur la base duquel le Président Denis Sassou Nguesso vient d’être réélu à la tête du Congo, et qui guidera l’action de son gouvernement de 2016 à 2021, prolonge celui qu’il avait proposé en 2009, à savoir « Le Chemin d’avenir ». Il se présente comme une vision stratégique globale et le fondement d’un nouveau « contrat social » dont l’objectif principal est de poser les bases de la « Nouvelle République ».

Abraham Rock-Okoko Esseau

Abraham Rock-Okoko Esseau

Les axes majeurs de cet ambitieux projet de société constituent des réponses aux questions qui se posent dans les secteurs nécessaires au développement du Congo. Le souci de préserver les acquis de la paix, de la sécurité et de la stabilité sous-tend cette «Marche vers le développement ». Constamment soulignés par le chef de l’Etat aussi bien dans ce projet économique et social que dans son Discours d’Investiture du 06 avril 2016, ces acquis apparaissent comme des prérequis essentiels au succès de toute ambition de développement du Congo. 

Dans ce projet de société, la place accordée aux jeunes et à leur formation est primordiale. Elle fonde même l’avenir et l’espoir d’un développement durable dont les nouvelles générations seront à la fois les agents et les bénéficiaires. Un développement qui ne sera possible que grâce à la maîtrise d’un savoir, d’un savoir-faire et d’un savoir-être porteurs d’une énergie transformatrice et fondés sur les exigences d’une modernité se déclinant en plusieurs « offres » de services et de propositions ayant pour objectif la modernisation et l’industrialisation du Congo. 

L’atteinte d’un tel objectif, perçu comme le pilier de l’émergence, n’est pas simplement une question de temps, mais aussi de volonté politique manifestée impérativement par la création des conditions de préparation des jeunes à l’emploi par la formation qualifiante. Elle nécessite, comme il est souligné dans la «Marche vers le développement», une refondation du système scolaire et universitaire en place au Congo depuis l’indépendance. 

Le projet de société du Président Denis Sassou Nguesso renferme sur ce point précis un plan quinquennal de refondation de l’éducation. Ce dernier vise à renforcer l’employabilité des jeunes diplômés dont 60% sortent généralement des facultés de lettres, de droit et d’économie de l’université Marien Ngouabi sans qualification et sans savoir-faire. Il propose une solution radicale à ce « mal » que le Congo a en partage avec de nombreux pays africains, à savoir le manque de transmission de compétences utiles et le peu d’intérêt accordé aux centres publics et privés dédiés aux métiers et à la formation professionnelle. L’adéquation de la formation à la nature et aux besoins réels de l’emploi est la solution proposée dans le projet. Une solution que recherche déjà la Fondation Perspectives d’Avenir dans le choix des formations et des centres de formation des bénéficiaires de ses bourses d’études et de ses propositions de formation qualifiante.

Le coût de ce volet de la « Marche vers le développement » visant à assurer à « tout jeune Congolais une formation qualifiante » est estimé à 25% du budget global qui sera consacré à l’éducation au cours des cinq premières années de la « Nouvelle République ».Une telle allocation budgétaire placera le Congo dans le peloton de tête des pays africains ayant fait de l’éducation, et notamment de la formation professionnelle et qualifiante, un des principaux leviers de l’émergence économique et sociale. 

Dans un pays qui a laissé tomber en ruine son système de formation professionnelle et qui s’était traditionnellement peu préoccupé de formation qualifiante, il sera difficile de refonder le système éducatif et d’encourager la formation qualifiante sans mettre l’accent sur la formation des formateurs. La formation des formateurs, sur place ou à l’étranger, est l’un des préalables de l’objectif ci-dessus évoqué. Elle doit être considérée aujourd’hui comme une priorité nationale. Ce sont en effet ces formateurs qui initieront et prépareront aux métiers des centaines de milliers de jeunes congolais que des circonstances particulières ont empêché d’aller plus loin dans leurs études ou tout simplement en besoin de qualification. Ces jeunes pourront non seulement devenir le fer de lance des entreprises industrielles et de service à mettre en place dans le cadre du programme national d’émergence, mais aussi constituer la classe moyenne qui permettra à la société congolaise de s’inscrire demain et durablement dans la modernitécomme de s’affranchir de la pauvreté. 

La formation qualifiante préparant à l’emploi qui occupe une place de choix dans la «Marche vers le développement» est aujourd’hui l’une des solutions les plus crédibles au chômage et à la marginalisation qui frappent de nombreux jeunes scolarisés, déscolarisés et non-scolarisés au Congo. Elle est en effet le levier qui permettra aux Congolais « d’aller plus loin ensemble» dans la mesure où elle peut à la fois faciliter l’intégration des jeunes dans le monde du travail, réduire le déficit en employés qualifiés dont souffre notre appareil de production, poser les bases de la création de la richesse, d’une valeur ajoutée, comme d’une croissance durable dans notre économie, et à terme, désamorcer la bombe sociale du chômage et donc conforter la stabilité de notre pays.

La formation qualifiante, faut-il le souligner, est aussi l’une des conditions sine qua non d’une véritable et efficace diversification de l’économie congolaise dont il faut de façon urgente rompre la dépendance par rapport à l’industrie pétrolière. Cette diversification passera nécessairement par l’augmentation de la production des biens et services hors pétrole. Mais pour que la production de ces biens et services conduise l’ensemble de l’économie congolaise à croître à un rythme annuel de plus de 5%, seuil sans lequel aucune transformation significative n’est possible, il n’y a pas de meilleur choix que de veiller à la disponibilité et la valorisation du capital humain qualifié que seul l’effort permanent de formation qualifiante peut par ailleurs garantir. Si la volonté de placer la formation qualifiante au cœur des politiques publiques et des priorités nationales est une nécessité de la raison, elle est aussi en soi un tournant politique au Congo. Elle n’avait jamais connu autant de focalisation dans le débat et l’action politique. Ce tournant est bien le signal que la « Nouvelle République » ne porte pas en elle seulement une nouvelle architecture institutionnelle, mais aussi une nouvelle dynamique économique qui fait de la nature et de la qualité du capital humain des facteurs déterminants de l’émergence et du développement économique et social.

Dans le nouveau contexte que crée la « Marche vers le développement» en faisant de la formation qualifiante une priorité pour conduire des jeunes à l’emploi, le projet «employabilité des jeunes» que le Ministère en charge de la Formation qualifiante du Congo exécute en partenariat avec la Banque mondiale est à saluer. Mais l’honnêteté doit aussi nous conduire à reconnaître que la bonne exécution de ce projet se heurte aujourd’hui au manque criard de structures de formation opérationnelles. Ce qui peut rendre hypothétique l’ambition d’atteindre la capacité de création de 100.000 emplois jeunes. Se préoccuper donc de la création des centres de formation et de l’opérationnalisation notamment des Centres d’Education et de Formation en Alternance (CEFA) mis en place avec l’appui de la Banque Africaine de Développement (BAD) est un devoir pour le gouvernement s’il veut vraiment traduire dans la réalité l’ambition d’accompagnement des jeunes vers la qualification. 

Le déficit de centres de formation professionnelle et qualifiante dans le pays limite aussi l’action des organisations de la société civile qui se sont données comme vocation première d’œuvrer à la qualification des jeunes congolais. C’est bien le cas de la Fondation Perspectives d’Avenir, dont la qualification de la jeunesse est le principal leitmotiv, qui est presque toujours obligée de créer des conditions spécifiques pour proposer des formations qualifiantes aux jeunes. Pour contourner le déficit de centres de formation qualifiante et leur inégale répartition sur le territoire national, elle envisage par exemple de recourir à des centres de formation mobiles en attendant la création de centres permanents. Ces derniers lui permettront de faire face au défi supplémentaire que la décentralisation va soulever au regard de la problématique de la formation professionnelle et qualifiante au Congo.

Une des réformes majeures de la «Nouvelle République», la décentralisation dite renforcée et effective va imposer le développement local dans l’agenda politique. Ce développement local ne pourra se faire qu’en prenant appui sur un capital humain qualifié dans les différents territoires. Ce capital devra être formé et qualifié en fonction des spécificités de chaque département. Mais comment ces départements pourront-ils relever ce défi sans structures de formation ? La solution envisagée donc par la Fondation Perspectives d’Avenir vise aussi à prendre en compte les défis que la décentralisation et le développement local poseront à tout projet national de qualification des jeunes. En la mettant en œuvre, la Fondation Perspectives d’Avenir démontrera aussi bien son leadership dans la recherche de solutions aux problèmes d’éducation et de formation des jeunes, sa capacité à compléter l’action du gouvernement dans l’esprit du partenariat public-privé que son utilité publique. Elle peut donc légitimement se percevoir comme une organisation à l’avant-garde de la mise en œuvre du projet de société du Président Denis Sassou Nguesso et sur la base duquel l’action publique sera conduite au cours des cinq prochaines années.

 

Par Abraham Rock-Okoko Esseau

Abraham Rock-Okoko Esseau Développement Enseignement Formation

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