L’agence de notation financière Fitch Ratings a abaissé vendredi 19 décembre la note «émetteur» à long terme en devises étrangères du Trésor gabonais de «CCC» à «CCC-,» et sa note en monnaie locale de «CCC» à «CC.»
La décision de l’agence Fitch Ratings reflète essentiellement la dégradation de la situation budgétaire de l’Etat qui a du mal à apurer les arriérés de paiement dont souffrent particulièrement les opérateurs économiques. L’aggravation du déficit du Trésor, l’accès de plus en plus limité aux marchés régionaux de la dette, la rareté des financements des créanciers et les amortissements élevés ont engendré de fortes tensions sur les liquidités publiques.
Les arriérés limitent les marges de manœuvre pour lever des financements à l’international. Pour l’agence Fitch Ratings, les tensions de liquidité sont manifestes, comme en témoigne la récente accumulation d’arriérés de paiement extérieurs. Entre décembre 2024 et septembre 2025, ces impayés ont augmenté de 0,7 % du PIB ! Ces arriérés compromettent l’accès à d’importants nouveaux financements pour le secteur public. Selon les prévisions, les arriérés de paiement intérieurs envers les fournisseurs, qui représentaient 13,2 % du PIB fin 2024, devraient exploser en 2025.
L’augmentation significative de la dette régionale du Gabon en 2025 (61 % entre janvier et août) laisse présager un creusement du déficit budgétaire. Nous prévoyons un déficit de 6,1 % du PIB (sur la base des engagements) pour l’année, contre 3,7 % en 2024. Cette évolution est cohérente avec l’assouplissement de la politique budgétaire du Gabon depuis le changement de régime d’août 2023, impulsé par la priorité donnée par Libreville à une augmentation des dépenses publiques pour répondre aux pressions sociales. Nous anticipons que l’État accumulera des arriérés à hauteur de 2 % du PIB pour financer ce déficit, ce qui se traduira par un déficit de trésorerie de 4,1 % du PIB en 2025.
Fitch prévoit des déficits budgétaires (sur la base des engagements) de 4,1 % du PIB en 2026 et de 4,4 % en 2027.
Concernant la dette, malgré quelques opérations réussies, l’appétit pour la dette publique sur le marché régional de la CEMAC s’est affaibli, notamment depuis le second semestre 2024. La majeure partie du financement du Gabon sur ce marché a eu lieu au premier trimestre 2025, bénéficiant d’une pondération des risques de 0 % accordée par l’Autorité de régulation bancaire. Depuis la fin de ce traitement préférentiel, la demande d’obligations gabonaises est en baisse. Plusieurs adjudications en 2025 ont affiché des ratios offre/couverture inférieurs à 50 %. L’État doit faire face à des échéances de la dette en FCFA de 8% du PIB en 2026 et de 7,2 % en 2027, contre des échéances en devises étrangères de 2,8 % et 2,6 % du PIB, respectivement.
Fitch prévoit une augmentation substantielle de la dette publique du pays en 2025, pour atteindre 80,4 % du PIB (contre 72,9 % en 2024), sous l’effet d’une expansion budgétaire significative. Les analystes de l’agence anticipent une nouvelle hausse du ratio dette publique/PIB à 85,5 % en 2026 et 86,7 % en 2027, en raison des déficits budgétaires.





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